lundi 20 août 2018

Humble hommage

J'ai pleuré la mort de Jean. J'ai pleuré une nouvelle fois le lendemain de sa mort lorsque j'ai appris qu'un chanteur lui avait volé la vedette en choisissant de sortir de la vie avec fracas. Le bruit de ses frasques passées couvrait les murmures des mots de Jean, sa subtilité, sa fraîcheur, sa sensibilité, sa noblesse surtout.

L'hommage dû à ce grand homme ayant été éclipsé, il me fallait lui rendre cet hommage à ma façon. Sa mémoire le nécessitait. Le bonheur qu'il m'avait procuré par ses livres l'exigeait. J'ai tout lu. J'ai acheté aussi le livre posthume, celui que j'attendais. J'avais donc entre mes mains le dernier livre de Jean. Lorsque je l'aurai lu, il n'y en aura plus d'autres. C'est vraiment le dernier. La dernière page tournée sera la dernière. Il me fallait alors réfléchir à la façon dont je lirai ce livre afin qu'il restât ancré dans ma mémoire d'une manière toute spéciale. Il me faudrait surtout pouvoir le lire d'une traite, dans un temps et un lieu hors du commun afin que pendant une suspension du temps, il n'y ait que Jean et moi. 

Un hommage ne s'improvise pas, il se prépare, se réfléchit, se mûrit. Ce matin-là, un beau matin d'août, j'ai préparé mon sac. J'y ai glissé mes aquarelles, un sandwich, des pommes et une bouteille d'eau. Je suis partie. Je suis revenue, j'avais oublié "Et moi, je vis toujours". Je suis repartie. Je me suis garée au bord de la route, et j'ai poursuivi à pieds sur un chemin de terre. Les arbres se dressaient, majestueux, et s'inclinaient sur mon passage en l'honneur de Jean. 




Arrivée au pied du château, j'ai déplié mon fauteuil, j'ai dessiné pour faire durer un peu encore la joie de commencer à lire. 



Et j'ai lu. J'ai lu jusqu'au soir sans interruption. Lorsque les promeneurs sont apparus, j'ai déménagé, et je me suis installée dans le château sous un arbre. 



Lorsque le soleil s'est fait trop chaud, je me suis rendue dans la petite tour d'angle. 



Puis, en fin de journée, je suis montée dans la cour principale de la forteresse. Enfin, j'ai terminé mon livre allongée sous le soleil frisant. 



J'ai fermé le livre, consciente de ne plus jamais pouvoir lire Jean d'Ormesson. Mais cet hommage, si humble, si discret, si petit, était grandiose dans ce lieu qui lui aurait plu. Dorénavant il habite ces lieux, je saurai où le retrouver.




samedi 11 août 2018

Indignation

Ma voisine a été arrêtée dans le village par les gendarmes qui effectuaient des contrôles.
- Vos papiers. Vous roulez sans ceinture de sécurité.
- Mais... je reviens des champs, et je ne mets jamais ma ceinture de sécurité. Parfois pour aller aux champs, je la mets, mais jamais pour le retour, il fait bien trop chaud.

Ma voisine était scandalisée d'avoir été verbalisée !


samedi 14 juillet 2018

Le GPS a encore frappé

Non content d'être qualifié de touristique "CLIC", mon GPS est devenu fou... ou susceptible. Quoi qu'il en soit, je l'avais mis sur pause durant ma pause café, sur une aire d'autoroute. Il me restait 250 km à parcourir. Lorsque je l'ai remis en marche, il m'a tout d'abord précisé que j'atteindrai ma destination à 14.35 heures, avant de se ré-initialiser et de rechercher le trajet le plus court. Etonnée de cette mesure, je l'ai contemplé à l'oeuvre, et c'est absolument époustouflée que j'ai lu "7842 kilomètres, 3 jours". 

Je n'ai rien compris à mon GPS, je n'ai jamais su où il voulait me faire passer, ni quelle pouvait être la destination qu'il me proposait. J'ai refait ma requête, il m'a mené au but convoité. Mais mon interrogation demeure...


lundi 18 juin 2018

A quoi tiennent les envies...

J'en suis à ma troisième surveillance d'examens écrits. Je prends de l'assurance, mais je trouve toujours le temps immensément long : deux heures à arpenter les allées, c'est une prouesse pour qui aime parler, lire, écouter de la musique.

La dame qui gère les examens est venue vers moi avant de faire entrer les étudiants : 
- Vous allez voir, il y aura la queue pour aller aux toilettes dans cette matière.
- Pourquoi particulièrement pour cette matière ?
- Parce que les sujets ont été donnés, que les étudiants en ont fait des pompes et qu'ils vont les lire aux toilettes. Certains y vont même deux fois, la deuxième soi-disant pour se laver les mains.
- Aujourd'hui il n'auront plus d'envie, le prof a changé sa méthode, il n'a plus donné les sujets.

Au bout d'une demie-heure de travail, la même dame vient me voir : "Vous aviez raison, c'est étrangement calme cette fois !".

Certainement, ils ont dû recevoir un sujet constipant !


jeudi 14 juin 2018

De l'autre côté

Ca y est, je suis passée de l'autre côté, le côté des examens vus côté jardin. C'est impressionnant. Je n'imaginais pas l'organisation sans faille nécessaire pour que 2 heures d'examen écrit se déroulent dans la sérénité... enfin, la sérénité pour les surveillants, pas forcément pour les étudiants.

Premier parcours : les étudiants se rangent dans les files correspondant à leur initiale. Là déjà, les erreurs se multiplient, même pour le troisième examen de la session. On regarde leur carte d'étudiant, leur tête (on imagine l'étudiant sans barbe, avec une autre coiffure, non déformé par l'impression sur la carte. Tout un art.) Puis on coche leur nom en leur donnant le numéro de leur place. (Personnellement, je ne sais pas comment ils font pour retenir un numéro à 4 chiffres, ou à 3 ou même à 2 chiffres. Personne ne le note comme je le ferais. Un étudiant a dû revenir demander son numéro de place, je ne suis donc pas la seule à trouver cet exercice difficile). 

Une fois installés, ils vont placer leur porte-monnaie et leur natel (téléphone portable) sur une table, en notant leur nom à l'aide d'un post-it. Ils déballent leurs affaires et sortent leur sac. 

La distribution des examens commence : on vérifie le numéro de place, et on dispose le paquet de feuilles à l'envers devant l'étudiant inquiet. Le paquet se vide, un examen bleu (francophone) et un examen jaune (alémanique). On termine avec du bleu, puisqu'il y a plus d'étudiants francophones. Au-delà des panneaux, ce sont les étudiants qui composent dans une langue autre que leur langue maternelle. Ils auront des dictionnaires bilingues (français-italien-allemand-anglais) à leur disposition tout au fond de la salle. On ajoute des feuilles de brouillon. Tout est prêt. Vingt minutes se sont écoulées depuis l'ouverture des portes.

Cette fois, c'est parti. 

Pour les surveillants, une heure délicate va commencer : on passe chez les étudiants, et on feuillette toutes les lois qu'ils ont emporté. On regarde s'ils n'en ont pas pris d'interdites, puis on cherche les éventuelles feuilles qui se seraient égarées entre les pages, les notes avec des mots clefs, le tout sans déranger l'étudiant qui compose. Dès qu'il pose son code, vite, on s'en saisit, on fait son travail, et on le repose au même endroit et à la même page. Les consignes sont claires : l'étudiant peut toujours terminer de composer. On prend sa carte d'étudiant, et on rédige un procès-verbal en prenant des photos au besoin. Le prof décidera ensuite de la marche à suivre. (Il y a eu 6 PV le premier jour, puis 2 les autres jours d'examen). 

Ensuite, à moins d'être préposée aux WC, c'est "marche entre les rangées", avec des chaussures silencieuses (exigées lors de notre convocation). Celui qui veut aller aux toilettes s'avance avec sa copie, nous la remet. En échange, on lui indique le numéro des toilettes où il peut se rendre, et on note sur sa copie : "WC 14H12". Lorsqu'il revient on note l'heure de retour. Je peux vous dire que la majorité met 2 minutes pour faire l'aller-retour. Certains ont besoin de 3 minutes (en général les filles). 

De façon générale, les étudiants sont très concentrés. Sauf une dizaine sur 360, ils se tiennent tous très mal. Peu savent tenir un crayon de la bonne manière. Tous ou presque emportent de quoi boire et de quoi manger. Mis à part ceux qui s'ennuient, personne n'a le temps de pique-niquer. Ce qui m'amuse, c'est l'alignement de stabilos dans un dégradé impeccable. Ils ne servent à rien, mais doivent servir de doudou ou de gri-gri. 

Peu avant la fin de l'épreuve, nous recevons les numéros de rangées de table pour ramasser les examens. Lorsque tout est arrivé sur l'avant de la salle, les étudiants ont le droit de sortir - en silence - parce que ceux qui composent dans une autre langue que leur langue maternelle ont droit à 20 minutes de plus. 

Pendant ce temps, nous trions les copies bleues et jaunes. Puis nous les classons par numéro d'étudiant. Ensuite, nous ramassons les brouillons restés sur les tables, les papiers... et déjà, c'est l'heure du deuxième ramassage. Nous insérons les copies dans les piles déjà classées, nous pointons chaque numéro (les étudiants reçoivent un numéro aléatoire compris entre 1 et 2999) sur une liste pour être certain qu'aucune copie ne s'est égarée. 

Et voilà, nous avons passé 3 heures dans la salle des fêtes, mais ce n'est pas fête pour tout le monde !!!