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mardi 6 février 2018

Une morale en cache une autre (Agenda ironique de février)

Tout avait commencé le dimanche de la quadragésime. Ce jour-là, après le pousse café, Eloi avait annoncé d’un ton qui n’admettait pas de réplique : « Je vais à la foire dépenser mon tringueld ». Sans attendre de réponse, il s’élança vers la porte, l’ouvrit violemment et la claqua derrière lui.

Il marchait avec énergie, d’un pas de conquérant. Sans ralentir il se remémora sa sortie tonitruante et se demanda pour qu’elle raison il avait agi de la sorte. Rien ni personne ne l’aurait empêché de partir, c’était un peu absurde, mais il se mit à rire. Il aimait ces gestes grandioses, ces attitudes incompréhensibles, ces mouvements qui le mettaient en valeur. Au fond, tout cela n’avait aucune importance, et ceux qui étaient restés avaient certainement déjà oublié cet élan qu’il qualifiait de majestueux !

Il chassa cet événement mineur de sa vie d’un geste de la tête et se concentra sur la fête foraine. Voilà qui méritait ses pensées. Tout en imaginant les stands qu’il allait visiter, il tâtait compulsivement sa poche pour vérifier la présence de sa bourse bien remplie. Ce qu’il allait pouvoir s’amuser, jamais encore il n’avait eu autant d’argent à sa disposition.

Tout en faisant le programme des attractions qui allaient avoir sa visite, il arriva sur la place du village. Cinq heures sonnaient au clocher de l’église. « Tiens, déjà », se dit Eloi. Il commença à arpenter les rangées. Le tir au fusil le tentait, mais, bon tireur, il ne souhaitait être gagnant si vite, il aurait été encombré par l’éléphant en peluche de la taille d’un veau ! Le comptoir des tartes ne l’attirait pas, il avait encore son dessert sur l’estomac. Il regarda longuement les badauds sortir du labyrinthe de miroirs. Un jeune couple était hilare d’avoir égaré son chaperon, Eloi les entendit se donner rendez-vous à l’orée des bois. Il se faufila entre des enfants dévorant des gaufres, puis contempla les manèges en bois. Comme il avait envie de monter sur ce tourbillon. Les hommes perdaient leur chapeau, les cheveux des femmes se défaisaient et volaient au vent. C’était amusant de les contempler.

Six heures sonnaient au clocher de l’église. « Tiens, déjà », se dit Eloi. Il reprit sa marche entre les stands, eut envie de tout essayer, pourtant il se retenait. « Si j’attends encore un peu, les manèges tourneront plus longtemps parce qu’il y aura moins de monde, je pourrai avoir les tartes invendues à moindre prix, je m’essayerai au tir juste avant la fermeture ». Tout en philosophant, Eloi admirait les bouquets de fleurs, saluait une connaissance, souriait de la joie des curieux, observait les flâneurs.

Sept heures sonnaient au clocher de l’église. « Allons-y », se dit Eloi. Il tendit un billet à la caissière pimpante du manège tourbillon, mais elle lui indiqua une pancarte de son doigt : « dernier tour ». Il se dirigea alors vers le labyrinthe de miroirs, mais la lumière s’éteignit devant lui. Il voulut entrer dans la maison de l’horreur, mais le vendeur quittait les lieux sa caisse sous le bras. Le stand de tartes était vide, le préposé au tir rangeait ses fusils, les badauds rentraient chez eux heureux de leur journée. Eloi quant à lui se tenait immobile, comme deux ronds de flan, bousculé de droite et de gauche par des hommes un peu ivres, de bière ou de manège, on ne savait trop.

Eloi, pensif, se rendit compte que son avarice l’avait privé de toute joie. Il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. L’année prochaine, il ne jouera pas au radin, il dépensera tout son argent en folies de façon à en profiter un maximum.

Cette fable aurait pu s’arrêter là, la morale aurait eu de quoi occuper Eloi pour les 365 jours qui le séparaient de la prochaine fête foraine. Mais il se décida à rentrer chez lui. Il enfonça son chapeau sur sa tête, ses poings dans ses poches, et prit le chemin du retour, avec bien moins d’enthousiasme qu’à l’aller. Il avait déjà parcouru la moitié de sa route, la nuit était tombée, quand il se trouva nez à nez avec un homme d’une truculence caractéristique. Un rayon de lune échappé d’un nuage lui permit d’examiner sa physionomie : Sa face faisait briller ses yeux d’oiseaux de proie, sa petite bouche cruelle émettait des rictus sinistres, son vêtement lacéré aurait fait pitié si le comportement brutal de cet homme n’avait pas révélé sa sauvagerie et sa violence. Avec rudesse, il s’agrippa à la veste d’Eloi, et, avec un souffle pestilentiel, il siffla « ta bourse, vite ! ». Eloi tenta de s’échapper de sa poigne, mais en vain. Il expliqua qu’il revenait de la fête foraine où il avait dépensé tout son argent. L’homme approcha son nez de la bouche d’Eloi : « Comment, tu dis avoir tout dépensé, mais tu ne sens pas l’alcool, tu ne sembles pas t’être amusé, tu mens ». Sa main se fit plus sévère, il secoua Eloi et l’enjoignit une dernière fois de lui donner sa bourse. Au lieu d’attendre la réponse, de sa main libre, il tâta les poches d’Eloi, et dans un cri de victoire, attrapa la bourse et s’enfuit sans demander son reste.

Eloi, qui était un peu philosophe, comprit mais un peu tard que s’il ne savait pas s’employer à dépenser son argent, un autre le fera à sa place.



Texte écrit pour l'agenda ironique hébergé chez "Le dessous des mots". Il fallait écrire une fable, avec une morale et 4 mots imposés : gagnant, truculence, tringueld, quadragésime.

Note : Merci à Max, grâce à lui j'ai appris que "truculence" avait deux sens, j'ai opté pour le sens vieilli tellement joli !



jeudi 15 juin 2017

Telle une gare (agenda ironique de juin)


"Je suis une maison, spacieuse et éclairée. Je vois tout, j'entends tout, essentiellement les secrets des habitants. J'ai entendu parler récemment de l'agenda ironique et de son sujet du mois de juin, l'objectivité des objets. Je m'estime tout à fait apte à pouvoir écrire un article à ce sujet. Pourtant, la contrainte qui consiste à émailler le texte d'alexandrins aux rimes croisées, plates ou embrassées m'embarrasse un tout petit peu. Une maison n'est pas Victor Hugo. Ne vous méprenez pas, je connais bien Victor Hugo, auteur préféré d'un grand nombre de mes occupants. Pour vous montrer ma sincérité, je vous joints en annexe un poème de ce grand homme. Je l'ai recopié, il était affiché dans ma cage d'escalier.

Image
Mes larges fondations posées au milieu des arbres, 
A côté d’un château et me voilà parée
De volets rouges ouverts sur ma façade de marbre,
Je ressemble à une gare, il ne faut vous leurrer.

Les enfants viennent sous le préau pour y jouer,
Les parents s'y installent pour voir le temps passer.
Les amis s'y rassemblent en foule toujours présente,
J'accueille largement cette affluence bacchante.

Je ressemble à s’y méprendre à une gare, avec mon architecture de station ferroviaire. Je ne ferme jamais les yeux, mes volets rouges restent toujours ouverts, j’espère ainsi être plus accueillante. 
J’ai tout d’une gare, l’apparence extérieure, mais également mon intérieur qui accueille des gens de passage. Ils vont et viennent, y dorment une nuit ou soixante, parfois même un peu plus, mais guère plus. Mon intérieur n’est pas reluisant, il n’est pas attractif non plus, mais tout le monde m’aime, de la cave au grenier.
La cave d’abord, humide et froide, été comme hiver, est un paradis pour les enfants. Ils descendent en tremblant, et remontent en courant. S’ils y jouent, ce n’est jamais pour très longtemps.
Le rez-de-chaussée est l’étage que j’aime le moins. Il est celui des gens sérieux. Les réunions des adultes sont mortellement ennuyeuses. Heureusement, il arrive qu’une maman ouvre toutes les portes de communication, ce qui permet à ses enfants de jouer au loup ou de faire un parcours en planche à roulette quand ce n'est pas une partie de foot. Enfin, je vis, je respire, je me délecte. Mes poumons se remplissent de vitalité et d’entrain.
Le premier étage est mon préféré, avec ses dix pièces (neuf chambres et une immense salle de réunion), et ses deux paliers époustouflants. J’accepte que l’on y installe tous les trains, circuits de voitures, jeux de billes, parcours du combattant. Quelle joie d’entendre les cris et les rires des enfants, c’est pétillant, c’est frais, c’est gai.
Mes douches qui communiquent par le haut font le bonheur de ceux qui aiment poursuivre leur conversation tout en se lavant. J’entends chanter à deux voix, c’est toujours un peu faux, mais tellement attendrissant. Et mes douze lavabos font hurler les mères de famille, ce qui m’amuse toujours autant.
Un grenier interdit… Et comme tout grenier interdit, j’y accueille les enfants désobéissants. J’aime les voir ouvrir discrètement la porte en prenant soin de ne pas la faire grincer, puis la refermer tout aussi doucement derrière eux. Ils montent l’escalier en colimaçon en levant la tête. Je vois alors un peu d’anxiété dans leurs yeux, je sais qu’ils jouent à se faire peur. En arrivant, ils soupirent, soulagés, il ne s’est rien passé. La dernière fois, c’était une petite fille en robe qui dansait et tournoyait en chantant. Une autre fois, un garçon déjà grand qui avait fixé sa corde à une de mes poutres et que se balançait en hurlant. Le malheureux, j’aurais tant voulu lui dire de ne pas crier, mais sa maman bien perspicace l’avait repéré avant que je ne puisse intervenir.
Je ne suis pas belle, non, mais attachante, et je marque les hommes, les femmes et les enfants qui passent chez moi. Je suis bien telle une gare : on passe chez moi sans y penser, mais on se souvient toute sa vie de ce moment de grâce.

Clair de lune

Victor Hugo

La lune était sereine et jouait sur les flots. —
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d’un flot d’argent brode les noirs îlots.
De ses doigts en vibrant s’échappe la guitare.
Elle écoute… Un bruit sourd frappe les sourds échos.
Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,
Battant l’archipel grec de sa rame tartare ?
Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l’eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d’un voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?
Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ? —
Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé
Du lourd vaisseau, rampant sur l’onde avec des rames.
Ce sont des sacs pesants, d’où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine… —
La lune était sereine et jouait sur les flots.
2 septembre 1828
Victor Hugo, Les Orientales, 1829

mardi 6 juin 2017

Un tableau, une histoire (24)

Darren Thompson

Il me reste quatre pages à apprendre, et seulement deux stations de métro... Je dois rester concentrée...


lundi 29 mai 2017

Un tableau, une histoire (23)

Chez Lavekio, le jeu du lundi : écrire une histoire à partir d'un tableau.


Meredith Frampton

Je suis très joueuse. Ô, on ne le dirait pas à me voir : je fais jeune femme très sage avec mes vêtements sévères et ma coiffure soignée. Mais je cache bien mon jeu. En réalité, je suis joueuse, parieuse, et ne serait-ce mon tempérament radin, je jouerais jusqu'à ma chemise. Pour éviter une telle pauvreté, je joue à moindre frais.

Sur la table, il y a un roi de pique. Dans ma main une dame de coeur. Si je soulève un valet, quelle que soit sa couleur, je mange les deux pommes. Si je tire un dix, je mange seulement la grosse pomme. Sinon je mange la petite. Suspense...


samedi 13 mai 2017

Où es-tu Chantal ?

Où te caches-tu donc Chantal ? Pourquoi ne réponds-tu pas ? Ose dire "oui", ne crains pas de dire "non", dis "oui" ou "non", mais dis quelque chose. Ton silence est absolument insupportable. Comment peut-on vivre encore sans avoir ta réponse ?

Imagine un seul instant ce que celui qui t'aime a déployé comme preuve d'amour : il a commencé par économiser centime par centime, puis a emporté dans sa poche sa grosse tirelire remplie de piécettes. A la suite de quoi il a enfourché son vélomoteur pour se rendre à ses risques et périls au rayon bricolage d'un grand magasin pour y faire l'acquisition d'un énorme pot de peinture rose (peinture indélébile pour béton) et d'un gros, gros pinceau (le plus gros du magasin). 

Sans penser un seul instant à lui, notre téméraire aventurier dans un acte irréfléchi, s'est remis en selle, tenant le pot de peinture d'une main, le pinceau de l'autre. Puis, aussi courageux qu'intrépide, dans un équilibre instable, il a roulé jusqu'au pont, menaçant à tout moment de verser dans le fossé. Il a garé son destrier dans le fourré attenant, s'y est installé pour y attendre la nuit, penser à toi, et regretter de n'avoir pas eu la présence d'esprit d'emporter son goûter.

La nuit étant suffisamment avancée, il a traîné son pot de peinture et son pinceau jusqu'au milieu du pont. Là, il s'est souvenu qu'il avait oublié d'acheter un tournevis pour ouvrir son pot. Sans faillir un seul instant, il a arraché le garde-boue de sa pétrolette, l'a introduit entre le couvercle et le pot pour que celui-ci laisse enfin apparaître son contenu.

A l'aide du gros pinceau, il a remué la peinture pour la rendre lisse et belle, puis il s'est dangereusement penché sur le parapet pour y écrire à l'envers avec des grosses lettres parfaitement lisibles de l'autoroute cette question qu'il n'ose te poser directement et pour laquelle il attend une réponse depuis dix jours déjà :



"Chantal, veux-tu m'épouser ?"


Je t'en prie, Chantal, réponds-lui, ne tarde plus...


jeudi 11 mai 2017

Oratorio capillorum sectorum* (pour l'agenda ironique de mai)



Ce magnifique oratorio a été composé pour trois femmes, Béatrix (soprano coloratur), Adriana (mezzo), les clientes et Fabiola (alto), la coiffeuse.

1. Allegro

Béatrix entre chez le coiffeur. Elle demande une jolie coupe de cheveux afin qu’elle soit prête pour un rendez-vous galant. Fabiola la félicite et entonne un aria « Il était une fois nous deux ». Béatrix se joint à elle, c’est un duo très gai, plein de grâce, de légèreté et de vivacité.

2. Andantino

Adriana, cliente qui attend son tour, murmure en sourdine « Il était une fois nous deux », elle dit son regret parce que personne ne l’attend. Dans un immense lamentato qui se déploie en un crescendo très lent, elle dit sa souffrance parce que son mari est mort en voulant rendre service, qu’à présent elle est seule, qu’elle ne compte plus pour personne et qu’elle a dû dire adieu aux belles promenades qu’ils faisaient ensemble dans « Le jardin du Luxembourg ».

Fabiola intervient dans ce triste chant pour raconter que son mari s’est pris la vie la veille de Noël, que depuis rien n’est comme avant et qu’elle vit mal sa nouvelle condition de veuve. Elle chante d’une voix presque rauque dans un doux crescendo. La mezzo vient la soutenir de toute sa souffrance, elle laisse passer une émotion indescriptible. La voix de soprano flotte ensuite sur les autres. D’une voix pure et souvent dissonante, elle fait ressortir la tristesse éperdue de la situation. Dans ce trio larmoyant, les trois femmes pleurent les souffrances des deux veuves.

3. Allegro

Ce mouvement débute doucement par la voix de soprano : Béatrix propose de donner son numéro de téléphone à Adriana et à Fabiola en leur enjoignant de l’appeler, le jour ou la nuit, au moment où leur chagrin se sera fait trop présent. Elle les assure qu’elle sera toujours disponible pour les écouter. « Ca va pas changer le monde », mais ça va vous faire du bien.

Fabiola remercie et propose à son tour à Adriana de l’accompagner dans ses promenades et d’aller « siffler sur la colline ». Adriana ne se sent plus de joie et se joint à l’action de grâce qui s’élève. Cette fantaisie se chante avec fougue et brio. Les trois voix sont brillantes et se terminent en une finale, une apothéose où triomphe l’amitié.


*Oratorio des cheveux coupés.


Texte écrit pour l'agenda ironique de mai. Il convenait d'écrire un texte musical avec, en toile de fond, "Quelqu'un m'a dit" de Carla Bruni. Cette chansonnette étant typique de celles qui passent dans les salons de coiffure, c'est tout naturellement dans un tel lieu que j'ai composé mon texte !
Merci à Joe Dassin pour ses titres de chansons.

jeudi 27 avril 2017

Haïkus sur la pluie

1er Haïku :

Les flaques ont grandi
Les chaussures laissent passer l'eau
Les pieds sont mouillés.

2ème haïku :

Les pieds sont mouillés,
Laissons là les Haïkus, 
Pour quérir des chaussures.



Ca ne va pas vous passionner, ô lecteur, j'avais à coeur de vous montrer que j'ai fini par comprendre le rythme 5-7-5. Et puis, vraiment, j'ai eu les pieds mouillés hier. Je vais y remédier aujourd'hui !


Et voilà Mary, prise au jeu du Haïku avec une jolie proposition :

Les flaques ont enflé
Les chaussures sont en grêve
Les pieds sont noyés



Ce matin (28 avril), jour glorieux où je fête mes 27 ans de mariage, il neige : déjà 10 cm de neige repose sur l'herbe...

mardi 25 avril 2017

Le gel (Haïku)

Les fleurs recouvertes de gel
Les fruits ont brûlé
Eté de désolation.



Je livre mon tout premier Haïku. Il y a trois semaines je ne savais même pas ce que c'était, ni l'étendue de ses contraintes. Certains de mes lecteurs excellent dans cet art, et comme l'Haïku est une oeuvre de groupe où le premier propose, le deuxième corrige, le troisième parfait, je vous laisse la possibilité, en toute simplicité, de mettre votre version en commentaire. Je les insérerai dans le post au fur et à mesure !

"Anonyme" me fait observer qu'un Haïku doit comporter 5-7-5 syllabes. J'ai fait l'inverse. Elle propose : 

Fleurs vêtues de gel (pour le premier vers).

Anonyme qui est devenue Mary s'est prise au jeu, sa contribution se développe ainsi :

Fleurs vêtues de gel
Les fruits n'ont pas résisté
Eté de regrets.

J'aime beaucoup ces trois vers, si d'autres lecteurs veulent participer, c'est en commentaire.


dimanche 9 avril 2017

Passé-simple est un traître

Passé-simple est un traître. Forcément, il est le mal-aimé de la famille Indicatif. On lui demande peu de choses, on ne le sollicite que rarement. Pire encore, ses frères le traitent de renégat, voire de laisser pour compte. Quant à Futur-antérieur qui ne peut pourtant tirer gloriole de ses prestations, il le qualifie de "simplet" - calembour des plus faciles et des moins recherchés qui a le don de renforcer encore le ressentiment de son frère. 

A force de mauvais traitements, Passé-simple s'est rabougri, il est devenu un taiseux aigri, haineux, sombre et grognon, toujours de mauvaise humeur, rarement plaisant, jamais complaisant, en aucun cas serviable. Le pauvre, si peu sollicité et tant moqué, il a perdu l'habitude de se parer, de rayonner et d'exulter.

Une lampe s'allume, c'est la sienne, le voilà de service, grincheux comme à son accoutumé. Il doit offrir ses "a" et ses "is", ses "it" et ses "eurent", ses "îmes" aussi, fier malgré tout d'être le seul de ses frères à pouvoir se parer d'un chapeau seyant. Il distribue ses terminaisons sans effort, en exigeant des verbes qu'ils se présentent à lui dans leur plus simple radical, sur trois colonnes bien distinctes. Avec son dédain qui lui est coutumier, il les a classés en trois groupes (l'idée vient de lui), du premier au troisième, en laissant accroire que le quantième était synonyme de qualité. Quelle ineptie, tout grammairien sait bien que le groupe premier est celui des verbes communs, puisque tout verbe fraîchement né tombe exclusivement dans cette escarcelle. Le deuxième groupe forme un tout bien soigné qui suit des règles précises. Le troisième quant à lui est celui des individus au caractère bien marqué dont il faut se méfier, puisque chacun suit ses fantaisies propres. Mais Passé-simple ne les aime pas comme la suite de l'histoire le montrera.

L'écrivain malin, assis on ne sait où et écrivant on ne sait quoi, vient de prendre sa plume. Les temps attendent en silence pour savoir lequel sera élu. Stupeur et tremblement dans la famille Indicatif, c'est Passé-simple qui doit œuvrer. Il s'avance en claudiquant, sachant par avance qu'il devra partager sa tâche avec Imparfait, cet impertinent pour qui tout n'est que facilité. Passé-simple se dresse sur ses jambes en grognant, les verbes s'avancent en se bousculant - c'est que c'est amusant de provoquer Passé-simple. Le voici qui, pour se venger, se met à distribuer ses terminaisons sans contrôler le radical. 

Et c'est ainsi que "cousit"devint "cousa"...


vendredi 7 avril 2017

Mon papa (agenda ironique d'avril)

Je vais vous conter mon histoire dans les plus brefs détails. Je la tiens de mon ancêtre en lignitude directe, qui lui-même l'a apprise par le vent. C'est ainsi dans notre famille, la nature a une influencitude sur nous.

Je suis né sur un bateau. Enfin, c'est ce qu'on m'a raconté lorsque j'étais petit : "Ta maman, c'est la mer, ton papa, c'est le bateau. Nous, les hommes d'équipage, sommes tes oncles. Et si tu ne veux pas d'ennuis, ne te montre pas aux hommes de la passerelle". Ma petitude faisait confiance aux racontitudes, et puis c'est tellement plus joli ainsi.

Mon papa c'estun cargo. Il est grand, puissant et fort. Sa ligne d'eau est peinte en rouge, le reste de la coque resplendit dans sa teinte bleu ciel. Mon papa est grand, c'est un géant avec ses 398 mètres de long et 54 mètres de large. D'ailleurs pour mon anniversaire il m'a offert une trottinette pour que je puisse faire des courses de la proue à la poupe. Il est amusant mon papa, parce que faire la course tout seul ne présentait que peu d'intérêt. Je suis toujours le gagnant - ou le perdant selon la façon de considérer la chositude. Alors il m'a offert un chronomètre pour que je puisse battre mon propre record. Ca, c'est chouette.

Mon papa est grand, puissant et fort, il me protège de maman. Maman elle, est très primesautière. Elle se laisse emporter par le vent et n'hésite pas à changer de sens là où va le courant. On la croit calme, paisible, belle, couleur bleu sombre les jours de grand soleil, virant au vert vers le soir, et à l'or à l'aurore. Mais il ne faut pas s'y fier, au moment où on s'y attend le moins, elle gonfle, enfle, hurle et domine. Elle mène papa en bateau, le malmène, le ballote et l'emporte. Papa se recroqueville alors, il ferme ses écoutilles, sort les seaux pour les hommes qui ont la sottitude de ne pas avoir le cœur solide et de persister à vouloir voguer sur les flots, et attend, secoué en tous sens que maman se calme. Il gagne toujours, il est fort mon papa. Il a bien compris qu'il valait mieux faire semblant d'accepter les lubies de maman, ses cris et ses emportements, la laisser accroire qu'elle pouvait le mener par le bout de la proue. En réalité, c'est lui qui garde le cap et qui nous emporte, envers et contre tout vers notre destination. 




Pour l'agenda ironique d'avril, selon la formule imposée par "Ecri'turbulente" : écrire un texte à la première personne, choisir une embarcation, raconter une traversée, et ponctuer le texte de termes hurluberlus avec un suffixe en "-itude".
Pour voir les textes au fur et à mesure de leurs parutions, cliquer ICI.


mercredi 5 avril 2017

Les légumes au clair de lune


Un soir d’été au clair de lune,
La courge, le coing, l’ail et la prune,
Tous les légumes du potager,
Se réunissent en rangs serrés.

Mais que se passe-t-il par ici,
Que fait le tribunal cette nuit ?
Le potiron est accusé,
D’avoir volé le bananier.

Le potiron s’installe devant,
Les aubergines sont les agents,
Son défenseur s’approche de là,
C’est l’avocat tout plein d’émoi.

La courge assure la présidence,
Elle exige un grand silence,
Et maintenant que les témoins,
N’écoutent pas et aillent au loin.

Debout, Monsieur le Potiron,
Exposez-nous votre vrai nom,
Dites-nous ce que vous avez fait,
Dans la nuit du 7 au 8 mai.

Le potiron bien fatigué,
Décline son identité,
Cucurbita pepo Linné
J’habite dans le potager.

Les 7-8 mai je n’ai rien fait,
J’étais couché et je dormais,
Je n’ai pas volé, je le jure,
Les bananes vertes sont bien trop dures !

Que les braves témoins s’avancent,
Dit le Juge avec suffisance,
Ils viennent avec rapidité,
Et jurent de dire la vérité.

Le bananier est bien trop haut,
Dit avec fougue l’artichaut.
Le potiron est trop petit,
Répètent en chœur les salsifis.

Le potiron est bien trop rond,
Hurlent de rire les cornichons.
Il est aussi beaucoup trop lisse,
Affirme le chou avec malice.

Que le potiron est lourdaud,
S’exclament vite les poireaux.
Et un petit peu ventre à terre,
Se rappellent les pommes de terre.

Ne peut grimper sur le muret
Déclare ensuite le navet.
Et c’est une vraie mauviette,
S’extasient les petites courgettes.

Arrive le coing, dernier témoin,
J’ai tout vu, je n’étais pas loin,
Le voleur n’est pas potiron,
Mais toute l’équipe de marmitons.

J’ai parfaitement entendu,
Le bananier a tout vendu,
Ses belles bananes pas trop chères,
Et des pistaches aux enchères.

La parole est au Procureur,
L’haricot parle avec bonheur,
Requiert maint’nant avec ardeur :
Le plaignant connaît son voleur.

Par cette preuve irréfragable,
Le  potiron est le coupable
Qu’il soit pour 10 ans transféré,
Au-dessus du plus grand fumier.

L’avocat à présent se lève,
En plaidant ses deux bras s’élèvent,
Il redémontre avec talent,
Que son client est innocent.

Vous avez entendu comme moi,
Le coing et le rutabaga,
Le potiron n’a pu voler
Aucun des fruits du bananier.

Le bananier est un menteur,
Qu’il prenne l’avion pour l’équateur,
Qu’on reconnaisse que mon client
De ce larcin est innocent.

La courge avec autorité,
Met l’affaire en délibéré,
Le potiron est relaxé,
Ce n’est pas lui qui a volé.



jeudi 16 mars 2017

Elle


La toute première fois que je la vis, je passai devant elle, sans même lui accorder une quelconque attention. Pourtant son regard avait croisé le mien. Je fus comme électrifié jusqu’au tréfonds de moi-même. Son regard n’était pas comme les autres regards. Il avait un je ne sais quoi de terrifiant, de repoussant, de révulsant. De la journée, je ne cessai de penser à elle. Toutes mes pensées étaient tournées vers elle. J’essayai de recomposer son image dans mon cerveau, mais plus je recherchais les détails, plus sa figure devenait floue et irréelle. Le soir venu je n’aurais même plus su la décrire. Etait-elle blonde, était-elle rousse, était-elle grande, petite ? Tout ce que je retenais était l’intensité de son regard. Il m’avait marqué au fer rouge, et cette impression de terreur restait en moi, à tel point que je n’en dormis pas de la nuit.

Au petit matin, j’étais encore terrifié, je vivais avec cette peur lugubre au fond de moi-même. J’en tombai malade. Je fus plusieurs jours entre la vie et la mort. Je ne voulais plus y penser, et je ne rêvais que d’elle. Quel tourment. Je me remis petit à petit, je pus doucement reprendre une vie normale, mais elle ne fut plus jamais comme avant. Mon esprit n’était plus avec moi. Lorsqu’on m’adressait la parole, je n’entendais pas. Malgré tous mes efforts pour être présent, je m’absentais continuellement en pensant à elle et au rayonnement que dégageaient ses yeux.

Je changeai alors de technique : je décidai de plonger à corps perdu dans la vie. Quel rythme infernal je m’imposais là : du sport, des horaires qui m’obligeaient à courir d’une activité à l’autre, un réveil matinal, un travail acharné, des soirées à festoyer. J’étais vidé, inapte à m’amuser avec la terreur qui me minait. Au bout de deux mois je m’écroulai de fatigue, mais l’impression que m’avait laissée son visage, et surtout le regard entrevu ne me quittaient pas. C’était d’ailleurs fort étrange : la jeune femme m’était presque perceptible, mais au moment où je la voyais intérieurement, elle me fuyait. J’étais toujours incapable de la décrire.

Une nouvelle angoisse me saisit alors. J’eus peur de la revoir, de croiser à nouveau son regard. Un coup d’œil m’avait anéanti, qu’en serait-il du second ? Je ne voulus pas d'un nouveau tête-à-tête fatal. Je me mis à marcher tête basse, de façon à éviter tout regard d’autrui. Je craignis tout le monde et chacun. Chaque femme rencontrée, croisée, entraperçue pouvait être un danger pour moi. Mais quelle vie je m’imposais là : je vécus encore plus renfermé qu’un ermite, je côtoyai une multitude de personnes, dans le bus, les supermarchés, la rue, le lieu de travail, mais sans jamais avoir de contact avec aucune d’elle. Pas un regard, je m’interdisais tout. A force de voir des pieds, je l’imaginais avec une robe légère parce que je voyais de fines sandalettes, ou au contraire, en tailleur sévère dans des escarpins gris sans fantaisie, ou n’était-ce pas plutôt elle, en brodequins et en pantalon ?

Il fallait que je me libère de toute incertitude. Comment pouvais-je savoir si c’était elle qui venait à me frôler, à me croiser, me fixait-elle de loin, m’ignorait-elle complètement, avait-elle disparu, était-elle là, ailleurs ? La tête m’en tournait. La nuit, je rêvais de chaussures de toutes sortes sur lesquelles des yeux s’ouvraient, attrapaient mon regard, puis se mettaient à tourner autour de moi, lentement d’abord, puis de plus en plus vite. C’était un manège infernal qui se poursuivait jusqu’au réveil. Je sortais alors de mon rêve en sursaut, le cœur battant, transpirant. C’en était fini de ma nuit. Je savais que je ne m’endormirai plus. Il en allait ainsi de chaque nuit. Quel supplice !

Un matin, cela faisait à présent huit longs mois que je l’avais vue, et elle m’habitait encore comme à la première seconde. Ne pouvant me guérir en me cachant, j’eus l’idée qu’il fallait que je la retrouve, que j’échange un nouveau regard avec elle. Si un premier regard m’avait tant bouleversé, un deuxième regard allait, c’était bien sûr, me libérer de cette emprise. Comment n’y avais-je pensé plus tôt ? J’en fus comme apaisé. La vie me semblait brutalement à nouveau belle, gaie, et je retrouvai une vivacité perdue huit mois auparavant. Je vaquai à mes occupations le cœur léger, presque gaiement. Je me dépêchai de sortir de la maison, je levai le regard, c’était un jour ensoleillé, il me fallait bien du soleil après avoir vécu tous ces mois dans l’ombre et la terreur. Je n’eus plus besoin de river mon regard au sol, je relevai les yeux, et je contemplai la nature : d’abord le ciel, les nuages, puis les oiseaux, les mille-pattes, les arbres, et même un arc-en-ciel. Que de beautés qui m’avaient été interdites si longtemps. La première personne que je rencontrai me procura un choc : depuis tant de mois je n’avais plus vu d’être humain. Je passai la journée dans une euphorie telle que j’en étais arrivé à l’oublier, elle. Je revivais, c’était mon printemps, j’étais guéri, je revivais, je revivais, je revivais.

Dans la nuit, je me réveillai en sursaut, le même cauchemar m’avait saisi. Je compris que je n’étais pas guéri, que la journée de la veille n’avait été qu’un sursis, et que l’angoisse me reprenait plus forte encore qu’auparavant.

Cette fois, j’étais bien décidé, il fallait coûte que coûte que je la revois. Mais comment, et où, inutile de passer une petite annonce : même si elle venait à la lire, qu’aurais-je écrit ? Comment se reconnaîtrait-elle puisque moi-même je n’aurais su la décrire ? Je pris des vacances, chaussai des chaussures confortables, et sortis. Je commençai à arpenter les rues. Je marchai, marchai, marchai. Je ne pris aucun repos. Je passai et repassai dans les rues et les ruelles. Par temps de pluie, j’arpentai les grands magasins, chaque étage, l’un après l’autre. Je passai d’une galerie à une autre. J’allai au cinéma, au théâtre, j’attendais bien avant l’ouverture des caisses pour examiner tous les spectateurs qui entraient. Le soir, je m’écroulai de fatigue, mais je me réveillais toutes les nuits en sursaut, poursuivi par le même rêve. Au petit matin, je reprenais ma marche de plus belle.

Après huit jours de course je me ressaisis : inutile pensais-je de marcher droit devant moi. Il suffisait qu’elle soit derrière moi pour que je ne la voie pas. Cette technique n’était donc pas la bonne. Je pris donc l’habitude de faire demi-tour, brutalement, pour tenter de la surprendre, et je reprenais ma marche dans le sens contraire. Oui, mais si elle était à présent derrière moi, c’est-à-dire devant moi alors que j’allais dans l’autre sens, mais si je me tournais une fois de plus, elle serait peut-être derrière… Je n’étais plus qu’un tourbillon. Je courais à présent, d’une rue à un magasin, d’un magasin dans un bus, d’un bus à un jardin public. La folie me gagnait.

J’eus alors une idée : j’irai me poster près de l’endroit où je l’avais vue la première fois, et j’attendrai qu’elle réapparaisse. Cette solution me semblait à présent la plus logique et la plus simple. Pourquoi donc n’y avais-je songé plus tôt ? Je me rendis dans la rue où je l’avais croisée, et par chance, j’y découvris un banc à proximité. Je m’y assis. Quelle impression curieuse : depuis si longtemps je ne m’étais pas assis, oisif. Je crus même un instant que j’allais pouvoir profiter de cette pause. Mais non, la soif de la voir, de la revoir, de guérir, me tenaillait trop vivement. A peine assis, je me mis immédiatement au travail : je regardai chaque passant avec acuité. J’étais avide de regarder chaque visage qui passait, non pas par plaisir, mais par désir d’en terminer enfin avec cette obsession. Je regardai à droite, à gauche, je passai de l’un à l’autre avec détermination. Pourquoi cette jeune femme tournait-elle la tête, était-ce elle ? Refusait-elle de me voir ? Faisait-elle exprès de parler avec son interlocuteur pour que je ne puisse saisir son visage ? Je me levais alors, courrais pour la dépasser, faisais demi-tour plus loin pour lui faire face. Une fois de plus je m’étais trompé : ce n’était pas elle. Je regagnais mon banc, las. Cette fois, c’était bien elle qui s’approchait, j’en étais certain, c’était sa silhouette, sa couleur de cheveux. Hélas, encore une fois, je m’étais trompé. Je me remettais à l’affut, plein de courage.

Je ne comprends pas comment j’ai pu tenir si longtemps. Durant 10 longs jours, je me postais tous les matins sur mon banc, et je prenais ma faction. Les habitués m’avaient repéré. Ils m’observaient du coin de l’œil, je le voyais bien. Mais ils me laissèrent heureusement en paix. Etais-je ainsi courageux, je ne le crois pas, il m’était devenu vital d’épier son passage. Je l’attendais sans impatience, enfin, je croyais l’attendre ainsi. En réalité, dès qu’une femme approchait, je frémissais, je tremblais même, je ne pouvais plus tenir assis, je scrutais avec attention. Plus d’une fois, une femme ainsi observée me foudroya du regard. Un jour, je crus même que son ami s’en prendrait à moi. Je fis immédiatement amende honorable, je ne pouvais me permettre de dissiper mon attention. Pourtant, les jours s’écoulaient, les uns après les autres, mes vacances allaient toucher à leur fin. Que ferais-je alors ? J’étais devenu maigre, presque diaphane, je n’imaginais pas de retourner travailler, comment allais-je pouvoir reprendre une vie normale avec l’obsession qui m’habitait. C’est alors que je la vis.

Elle était là, exactement à la même place qu’elle occupait lorsque je la vis la première fois. Elle ne me regardait pas. C’était donc elle, elle qui m’avait mené en enfer durant toute une année par un seul regard. Je me détendis imperceptiblement, je soupirai d’aise, je sentis comme un vent de liberté me traverser. Cette vue m’avait bel et bien redonné mon intégrité. Elle ne m’habitait plus, j’étais à nouveau capable de poursuivre ma route sans obsession. Quelle victoire ! A présent, je pouvais partir. Je me levai. Elle tourna alors la tête et me regarda. Son regard me transperça et…



Lu dans les faits divers :

Hier, vers 16 heures, un homme âgé de 28 ans a été retrouvé mort sur un banc, rue des orfèvres. Sa mort paraissait naturelle, mais une expression d’horreur émanait de son visage. Une enquête a été ouverte pour essayer d’éclaircir ce décès bien mystérieux.



Ma participation à l’agenda ironique organisée par Monesille avec pour thème : « Les fous, bouffons et autres amuseurs public, les fous-rires, l’espoir fou, enfin quoi Mars sera le mois des fous ! 

Dans ma folie j'ai dépassé le nombre de mots prescrits.



samedi 11 février 2017

Petite annonce


« Cherche critique littéraire. 
Joindre au dossier de candidature 
une critique du livre  
"Jouer avec ses nerfs
en moins de 500 mots ».

- Voilà une annonce pour toi.
- Tu plaisantes, je n’ai rien d’un littéraire.
- Oh, tu sais, « littéraire » ça veut tout dire et rien dire. Souviens-toi de nos cours de français du Lycée.
- Justement, ce journal cherche quelqu’un de sérieux.
- Tu as toutes les qualités requises : la critique te colle à la peau, tu le fais fort bien, en tout temps, en tout lieu et dans tous les domaines. Avec tous les livres qui encombrent ton logement tu peux te classer dans les littéraires. Regarde le délai, le papier doit être envoyé par mail avant vingt-quatre heures, tu as deux heures devant toi, c’est plus qu’il n’en faut.
- Mais je ne connais même pas ce livre.
- Et alors, quelle importance, crois-tu vraiment que les critiques lisent les livres avant de les commenter ?

Marlène quitte la pièce, la porte claque derrière elle. Je hausse les épaules en souriant de l’excessive jovialité de Marlène, je me laisse aller dans mon fauteuil en fermant les yeux. « Jouer avec ses nerfs »… ce titre me trotte dans la tête. Il doit s’agir d’un roman policier. Je déteste les romans policiers, c’est plein de sang, de terreur, de surprises mal dégrossies, du tueur aussi parfois.

J’attrape mon Moleskine et mon crayon préféré. Les mots arrivent, il s’agit de ne pas en perdre en les mettant par écrit.

« Jouer avec ses nerfs » est un livre qui aurait tout du roman policier si seulement il n’en avait pas tous les défauts. Il s’ouvre sur le personnage principal mal dégrossi qu’on a peine à imaginer, les indications de son physique et de son moral représentant un magma informe. Ce qu’on peut déduire sans retard du premier chapitre, c’est la terreur risible qu’il semble ressentir. On en rirait si du moins l’auteur savait écrire. En réalité on souffre avec l’auteur qui tente péniblement de créer une ambiance sordide. Le livre s’essouffle ainsi dès le deuxième paragraphe. Le lecteur se demande avec inquiétude si la lecture va n’être qu’une attente morbide d’une fin qui n’arrivera pas. Le soi-disant tueur va-t-il enfin sortir de l’ombre, et d’ailleurs existe-t-il vraiment ? On se sent entraîné dans une chaotique et inintéressante aventure qu’on ne veut suivre sous aucun prétexte. Fermer le livre sans en connaître la fin serait la solution idéale. Pour celui qui aura persévéré jusqu’au point final, il n’y aura pas de récompense, seulement le sentiment frustrant de comprendre que l’auteur a joué avec ses nerfs ».

Je tape mon texte et je l’envoie. Il est vingt-deux heures quarante-quatre.

Deux jours plus tard, je reçois un mail :

Cher Monsieur, votre candidature a retenu toute notre attention. Votre analogie avec le roman policier est excellente, vous avez parfaitement su appréhender le personnage principal et tous les défauts de ce qui livre qui retrace l’histoire insipide de clefs qui faussent continuellement compagnie à leur propriétaire. Je vous propose de nous rencontrer la semaine prochaine…

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 Texte écrit pour l'agenda ironique hébergé chez Jobougon selon les indications suivantes : 


Il s'agit de faire une critique littéraire d'un livre,

Que vous l'ayez lu ou pas.
Qu'il existe réellement ou pas.
Qu'un livre intrus se soit glissé distraitement dans le lot.
Que vous rêviez de l'écrire ou pas.
Ou qu'il soit, peut-être encore soigneusement conservé dans quelque bibliothèque secrète ou interdite.
Clôture : dimanche 19 février à minuit. Les textes auront été déposés dans les commentaires, ou directement à l'adresse mail suivante : jo.bougon(@)Hotmail.fr.
Les votes seront ouverts du 20 au 26 février, et les résultats proclamés le 27.