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lundi 3 juillet 2017

Un tableau, une histoire (25)

nadia isakova

Ca y est, le train va s'ébranler. Des années que j'en rêve, des années que je me prépare à ce voyage inoubliable. Je n'ai rien oublié, ni le billet de train, ni mon passeport, ni mes aquarelles, ni mon appareil photo. Mon sac est sur ma couchette, il contient les pantoufles que j'enfilerai dès que nous serons sortis de la gare, mon pyjama et ma trousse de toilette, des vêtements de rechange et du parfum. Beaucoup de chocolat pour faire des cadeaux. Je me débrouille en anglais, je connais quelques mots de russes, le mémento de conversation devrait me permettre de me débrouiller durant les 11 jours à venir. Moscou-Pékin, c'est un rêve qui s'accomplit. Après le transsibérien, ce sera le transmandchourien. On m'a promis des paysages à couper le souffle, des forêts de bouleaux à perte de vue, le lac Baïkal et les steppes ; les arrêts pour faire le plein d'eau pour le train et de nourriture pour les passagers. Le samovar chauffe, mes draps ont été déposés sur ma couchette. Mon coeur frémit, le train démarre... 


mardi 6 juin 2017

Un tableau, une histoire (24)

Darren Thompson

Il me reste quatre pages à apprendre, et seulement deux stations de métro... Je dois rester concentrée...


lundi 29 mai 2017

Un tableau, une histoire (23)

Chez Lavekio, le jeu du lundi : écrire une histoire à partir d'un tableau.


Meredith Frampton

Je suis très joueuse. Ô, on ne le dirait pas à me voir : je fais jeune femme très sage avec mes vêtements sévères et ma coiffure soignée. Mais je cache bien mon jeu. En réalité, je suis joueuse, parieuse, et ne serait-ce mon tempérament radin, je jouerais jusqu'à ma chemise. Pour éviter une telle pauvreté, je joue à moindre frais.

Sur la table, il y a un roi de pique. Dans ma main une dame de coeur. Si je soulève un valet, quelle que soit sa couleur, je mange les deux pommes. Si je tire un dix, je mange seulement la grosse pomme. Sinon je mange la petite. Suspense...


lundi 16 janvier 2017

Un tableau, une histoire (22)



Quel livre a-t-il choisi ce soir pour me faire la lecture ? Après "Guerre et Paix", je souhaite quelque chose de plus facile. Oh, c'est l'album photo dans lequel il a collé toutes nos photos du début de notre amour. Mais oui, j'oubliais, c'est notre anniversaire de mariage. Déjà 12 ans... Et depuis 12 ans, sans exception, il m'a lu quelques pages tous les soirs. Je me souviens de la nuit que nous avons passé sur quelques contes des mille et une nuits. Il lit si bien, il a un talent fou. Ce soir il va me raconter notre rencontre. Je me demande comment il va broder autour de notre si belle histoire...
 
 

lundi 5 décembre 2016

Un tableau, une histoire (21)

Edward Hopper People in the Sun

Comment peut-on s'installer de cette façon pour contempler la moissonneuse batteuse, quand Caton nous donne tous les détails sur les normes et les règles d'élevage et de gestion des fermes au IIè siècle avant Jésus-Christ. Heureusement que je ne me déplace jamais sans "De Agri Cultura"...


 

lundi 31 octobre 2016

Un tableau, une histoire (20)

Corcos Vittorio conversation-in-the-jardin-du-luxembourg 1892 D
 
- Alors ainsi, vous êtes veuve tout comme moi ! Depuis combien de temps ?
- Six mois tout juste. Et vous ?
- De même. Je m'apprêtais à aller sur la tombe de mon mari pour y disposer ces fleurs. Je m'y rend régulièrement, je suis à chaque fois surprise de voir que la tombe est fleurie.
- Moi de même, il y a toujours des fleurs fraîches dans le vase. Je crois que c'est la servante qui s'en occupe, elle avait beaucoup d'affection pour mon mari.
- Venez-vous souvent au parc ?
- Oui, ça m'oblige à sortir. S'il n'y avait pas Manette, je resterais cloîtrée chez moi. Heureusement qu'elle m'apporte un tout petit peu de vie. La pauvre, sans son père, c'est dur pour elle. Avez-vous des enfants ?
- Deux, Louison et Gérard. Ils jouent un peu plus loin. Eux aussi sont tristes sans la présence aimante de leur père. Ils l'aimaient beaucoup, il jouait souvent avec eux. Je pense qu'il voulait rattraper le temps où il ne pouvait pas les voir. Son travail l'emmenait au loin, il ne restait qu'une semaine sur deux à Paris.
- Tiens, il en allait de même pour mon mari. René devait se déplacer en province une semaine sur deux.
- René, dites-vous ? Mon mari avait le même prénom.
- Comment était-il ?
- Voyez, j'ai sa photo sur ce médaillon.
- Mais quelle horreur, nous avons épousé le même homme. Il était bigame..
 


lundi 24 octobre 2016

Un tableau, une histoire (19)

marion tivital 89



 - Pourquoi avoir accroché ce tableau dans vos toilettes ? Fade comme il est, il est au bon endroit, mais enfin, était-ce bien nécessaire ?
 
- J'aime ta franchise, Béatrice ! Je te rejoints tout à fait : ce tableau, à mes yeux, ne présente aucune critère enthousiasmant du point de vue pictural et artistique. Mais il a une histoire, c'est pourquoi nous y tenons tous beaucoup. C'était un ami de passage qui nous l'a peint alors que nous l'avions invité à partager une soirée avec nous. A l'époque, nous avions fait faire des travaux dans notre maison. Comme nous n'y allions que pour les vacances, nous en avions profité pour faire enlever le plancher du rez-de-chaussée pour le remplacer par une dalle en béton bien isolante. C'est mon mari qui a posé le câblage électrique, nous avons dormi dans une maison ouverte à tous vents, par 4 degrés. Ensuite, lorsque nous avons pu à nouveau poser les portes, nous avons poursuivi dans un mode "camping" élaboré : Côté couchage, nous étions très bien dans les étages. Côté cuisine, il n'y en avait tout simplement pas. Nous nous sommes servis de la salle de bain attenante, nous avons branché le lave-vaisselle à la place du lave-linge, utilisé le lavabo comme évier, et posé un réchaud électrique et un mini-four sur une planche reposant sur des tréteaux. (Je te rassure, le lave-linge avait simplement été remonté d'un étage). Notre mode camping était donc relativement luxueux, mise à part qu'il a duré plus de 6 mois.
 
- Et alors, le tableau ?
 
- C'est donc dans ces conditions extrêmes que nous recevions nos amis, soit en leur proposant d'emporter un plat pour nous aider dans la préparation du repas, soit en simplifiant à l'extrême lorsque nous étions moins nombreux : une fondue bourguignonne accompagnée d'une salade et d'un gratin dauphinois et suivie d'une salade de fruits se prépare sans grande installation. A la fin du repas, notre ami a avisé la pile de feuilles trainant sur la table, ainsi que les crayons de couleur des enfants. Il nous a dit : "Votre maison me fait penser à ceci..." et il a commencé à dessiner une caravane posée au milieu de nulle part. Il y a mis la corde à linge, mais en réalité, le linge séchait au grenier. Tu noteras la présence de notre poubelle 50 litres. Elle lui avait fait beaucoup d'effet, à lui qui est célibataire et qui se sert d'un tout petit bac pour ses déchets.
 
Il nous a bien fait rire, nous avons gardé son dessin, puis l'avons fait encadrer. A chaque fois que nous regardons ce tableau, nous repensons à cette période de travaux intenses, et nous nous réjouissons du beau résultat que nous avons obtenu. Tu vois, une œuvre d'art peut devenir belle lorsqu'on connaît toutes les circonstances de son élaboration.
 
 
 
 
 

lundi 17 octobre 2016

Un tableau, une histoire (18)

harry anderson 15
 
 
Quelles sont belles, ces bagues... Habituellement, je les regarde, envieuse de celles qui les porteront, désolée de n'être pas moi-même encore fiancée. A chaque fois que je passe devant un bijoutier mon cœur se serre. Non, se serrait. Parce que ça y est, Francis m'a demandée en mariage. Quelle joie, j'en suis encore toute retournée. Nous allons nous marier bien vite, pour pouvoir commencer enfin une vie à deux. Nous nous fiancerons dans un mois. Francis m'a demandé quel genre de bague me ferait plaisir. A présent je peux choisir pour moi. Mais non pourtant, il est encore étudiant, il ne pourra me payer ce genre de bijou. Je ne veux pas de bague. Je le lui dirai. Ce qui est fou, c'est que ça me laisse tellement indifférente ! Seule la perspective de vivre avec Francis me réjouit, le reste est si peu important...
 
 
 


lundi 10 octobre 2016

Un tableau, une histoire (17)



edouard vuillard nature morte avec bouteille et carafe

Il habitait dans la plus grande maison du village, et s'occupait seul de son ménage. Petit à petit, il avait ralenti ses activités, il avait donné sa vache, il passait moins de temps dans les champs. Mais tous les 15 jours il faisait son pain en chauffant son four à pain, tous les jours il s'occupait de ses lapins en leur cherchant du fourrage dans les prés, tous les ans, il partait vendanger avec son fils, sa fille et ses cinq petits-enfants, ainsi que ses arrières petits-enfants.
 
A midi, il enfourchait son vélo et déjeunait chez sa belle-fille. Matin et soir il s'occupait lui-même de son repas.
 
Il était agréable, enjoué, savait profiter de la vie, s'asseyait sur le banc du village où le rejoignait une voisine. Ils devisaient, se chauffaient au soleil avant de retourner chacun chez soi pour y passer la soirée. Son fricot n'était pas très élaboré : un peu de pain, du lard, du fromage. Tous les jours, il buvait un petit verre de vin, jamais plus.
 
Un jour, il a vu ses voisins charger des valises dans leur voiture, il a compris qu'ils partaient pour le week-end. Il est venu leur faire ses adieux, comme il le faisait souvent, mais cette fois avec une insistance qu'il n'avait jamais eue. C'était un vendredi. Le dimanche soir, lorsqu'ils sont rentrés, ils ont appris qu'il était mort. Sans un bruit.
 
Le jour de son enterrement, sa fille m'a dit qu'il avait rangé sa maison. Tout était en ordre. Il s'était fait beau, était allé chez le coiffeur, savait au fond de lui qu'il allait mourir, c'est pourquoi il était aller dire au-revoir à tous ceux qu'il aimait. Il lui avait téléphoné pour tout lui expliquer à elle qui habitait si loin. Il ne voulait ennuyer personne en mourant dans son lit. C'est pourquoi il s'était fait emmener à l'hôpital.
 
Ce tableau m'a fait penser à lui. C'était un homme bien. Nous l'aimions beaucoup.
 

lundi 4 juillet 2016

Un tableau, une histoire (16)





 
- Grand-papa, raconte-nous encore l'histoire de cet arbre, s'il te plait.
 
L'enfant insistait, la grand-mère souriait, et le grand-père, sous un petit air bougon, faisait mine de résister pour avoir le plaisir d'entendre l'enfant insister encore et encore. Ce petit jeu se renouvelait périodiquement à chaque vacances estivales. La famille se réunissait dans la cour ombragée pour le goûter. Grand-maman sortait la limonade qu'elle avait elle-même confectionnée, ajoutait le gâteau moelleux. Parfois il y avait des glaces. Et toujours, grand-papa devait raconter. Il le faisait si bien, tout le monde l'écoutait avec plaisir. Bien sûr, il fallait toujours un peu le prier, les petits-enfants le faisaient de bonne grâce, sûrs que l'histoire n'en serait que plus belle. Une fois par été, donc, il fallait que grand-papa "raconte l'Arbre" selon les termes consacrés. Il changeait parfois un élément, ce qui provoquait immédiatement des hurlements : "Non, grand-papa, la Vrai Histoire".
 
"Lorsque la maison a été construite par mon père, le jardin n'était qu'un grand champ. Il a fait planter des arbres, les érables de l'allée, le verger, il a créer un beau jardin pour que ma mère puisse avoir des bouquets de fleurs fraîches toute l'année. Il a bien entendu installé un potager. Et puis, après une année passée dans cette belle maison, il s'est aperçu que le soleil de l'été serait trop fort pour pouvoir s'installer à l'extérieur. La meilleure ombre étant celle des arbres, il a trouvé des semences de tilleul, les a simplement mises en terre. Le plus amusant est qu'une des graines a germé et est sortie de terre le jour où je suis venu au monde. Mon père a alors choisi ce plant pour l'installer là où vous voyez l'arbre.
 
Le plant a poussé, moi aussi. Nous avons grandi ensemble. Papa me mesurait à mon arbre. Bien sûr, l'arbre a gagné. Tous les jours j'allais l'embrasser, j'essayais de grimper sur lui. Vous pensez bien qu'un arbre si frêle ne supportait pas bien mes tentatives de gymnastique. Mon père avait beau lui mettre des tuteurs pour qu'il pousse droit, il ne comprenait pas pourquoi le tronc de ce tilleul prenait des tournures fantaisistes. Il ne m'a jamais vu imprimer des torsions au jeune tronc. Je voulais pouvoir installer une cabane sur le tronc, et j'imaginais que je pourrai l'incliner à angle droit ! Fou que j'étais...
 
Lorsque mon père a compris de quelle façon je malmenais mon arbre, il était trop tard pour le redresser. C'est la raison pour laquelle il a aujourd'hui cette jolie forme. C'est la raison aussi pour laquelle j'ai acheté ce banc et que je l'ai posé à cet endroit : je m'y assied pour lire. L'arbre me donne son ombre, et moi je lui lis les meilleurs passages de mes livres, ou alors je lui raconte les histoires que je prépare pour vous. S'il aime mes histoires, il incline doucement ses branches vers moi, et je sais que je peux vous la narrer. S'il ne l'aime pas, il se redresse avec un petit air dédaigneux, et je sais que vous non plus vous n'aimerez pas mon histoire.
 
- Et celle-ci, grand-papa, l'arbre l'aime-t-il ?
 
- Regarde comme il fait frémir ses feuilles. C'est celle qu'il préfère."

 

lundi 27 juin 2016

Un tableau, une histoire (15)


sharon jayne allicotti Mojave Rain Pool

"Hector, veuillez vous arrêter ici, je vous prie".
 
Le chauffeur arrêta la voiture au bord de la route et coupa le moteur. Il n'avait reçu qu'une seule consigne de son patron : répondre à tous les désidératas d'Hubert. Pourtant, dans sa simplicité, il ne comprenait pas ce choix. Lui aurait continué à vivre normalement, et aurait incité son propre fils à faire de même. Mais le patron est le patron, il ne lui appartenait pas de le juger. Quand même, c'était curieux toute cette histoire. Lorsqu'Hubert était rentré de pensionnat, il se portait bien. Quasiment du jour au lendemain il se trouva abattu. Des examens médicaux, une batterie d'examens médicaux avaient diagnostiqué une maladie si grave que les médecins ne lui donnaient plus que quelques semaines de vie. De ce jour, la patron, complètement dérouté, avait donné carte blanche à son fils Hubert.
 
Hector essuya son front : il faisait chaud, et avec le moteur coupé et la porte arrière ouverte, il dégoulinait. C'est à ce moment-là qu'il réalisa qu'Hubert avait quitté la voiture. Il se retourna, vit la cravate et le chapeau sur le siège, le pantalon et la chemise derrière le siège passager, et les grosses bottes derrière son siège. Que se passait-il ? Et si Hubert avait sauté ? Et si... Brutalement Hector se mit à transpirer encore plus fort, mais cette fois c'était de frayeur et non plus seulement de chaleur. Hubert aurait-il voulu en finir avec cette vie et sauter dans le ravin ?
 
Hector n'osait pas regarder sur sa gauche. Pourtant il le fallait bien, il faudrait bien récupérer le corps et tout expliquer au patron. Il prit sa respiration, ouvrit la porte, sortit, et regarda vers le bas. Il ne vit rien. Forcément, avec tous ces rochers, il était impossible de découvrir un corps disloqué. Il scruta chaque recoin, tremblant de tous ses membres. C'est alors qu'il vit un petit animal bouger, sauter, puis courir. Ce n'était pas un animal, c'était un homme, c'était Hubert. Il courait vers le lac. Hector respira de soulagement, il failli en perdre l'équilibre.
 
Hubert se retourna, héla Hector : "Ohé, venez nager avec moi, je suis sûr que ce sera agréable". Hector fit non de la tête, il retourna s'asseoir dans la voiture, prit son journal et se plongea dans les faits-divers.
 
 
Ecrit sur une suggestion de Lakevio


lundi 20 juin 2016

Un tableau, une histoire (14)

Sur une idée de Lakievo

Anderson harry one-of-the-great-moments-of-your-life-your-marriage



La vieille dame se lève péniblement en entendant le facteur sonner à la porte. Elle attrape sa canne, marche à tous petits pas, comment pourrait-elle aller plus vite, fait un vœu pour que le facteur soit encore là lorsqu'elle ouvrira. Les facteurs sont si pressés de nos jours, pense-t-elle, lorsque j'étais jeune, ils entraient, buvaient un petit verre, racontait ce qu'ils avaient vu et entendu, et repartaient en direction d'un autre lieu à desservir. Actuellement ils sonnent comme des brutes, ont peu de patience, et s'en vont aussi vite qu'ils sont venus. Heureusement le facteur actuel est bienveillant, mais si c'est son remplaçant, je suis quitte à aller à la poste". Ce faisant, elle arrive à la porte, l'ouvre et reconnaît son facteur habituel si complaisant.
- Bonjour Madame Germaine, j'ai un colis pour vous.
- Un colis pour moi, mais je n'ai rien commandé.
- Vous voulez bien signer ici ?
 
Germaine signe, prend le colis, et rentre chez elle. Elle se dirige vers la salle à manger, pose le colis sur la table, va chercher un petit canif, et fend le scotch pour pouvoir ouvrir le carton. Elle découvre des pièces de puzzle. Elle ne peut retenir un sourire : "Qui donc peut m'envoyer un puzzle, et surtout sans le modèle ?" ajoute-t-elle en retournant la boîte. "Mais pourquoi n'y a-t-il pas d'expéditeur.  Voyons si je suis toujours aussi alerte !"
 
Germaine renverse les pièces sur la table, cherche "les bords", essaye de les assembler. Beaucoup de rose, du blanc, du vert. Voilà que le cadre est terminé. Elle trie alors ses morceaux en fonction des couleurs, commence par poser les roses. "Tiens, on dirait une robe". Elle poursuit patiemment son travail, poursuit avec les pièces bleues, puis les vertes, et soudain elle comprend : "Mais c'est la photo du mariage". Fébrilement elle remplit les espaces, soudain avec vivacité. Le soir est tombé depuis longtemps, Germaine a allumé les lampes, l'horloge sonne 2 heures.
 
Germaine contemple les visages. "Tante Adèle, quelle était drôle cette tante, et comme je l'aimais, toujours heureuse, toujours joyeuse, et pourtant la vie n'a pas été tendre avec elle. Tiens, Grand-papa, je l'appelais "le curieux", lui seul le savait. Il me faisait de gros yeux, mais je voyais bien son sourire caché sous sa moustache. A côté de lui, tante Héloïse. Quelle méchante femme. Toujours à critiquer, jamais contente. La pauvre, elle s'était construit une vie de désolation. Et là, au milieu, ma sœur chérie. Sa joie était totale. Elle avait rencontré un jeune homme tellement doux, tellement séduisant, tellement attentionné. Elle a vécu une vie exceptionnelle avec cet homme. Ils se sont aimés jusqu'au bout, après 74 ans de vie commune. Elle est morte la première, il ne lui a survécu que 5 heures. Ce que c'est que l'amour.
 
De tout ce tableau de gens heureux, il ne reste que moi. Forcément, j'étais la plus jeune. Bientôt je les rejoindrai tous, et nous nous retrouverons au paradis. J'ai hâte...
 
 

lundi 30 mai 2016

Un tableau, une histoire (13)

Sur une idée de Lakievo
 
 
 
Oh non... cette porte ne tiendra donc jamais fermée. Et dire que j'allais prendre ma douche. Tant pis, je me lave juste les mains, et je vais terminer ma toilette à la piscine.

 

lundi 23 mai 2016

Un tableau, une histoire (12)


Sur une proposition de Lakievo
 

- Et maintenant, que fait-on ?
- Je ne sais pas, je n'ai plus d'idées. Mais jamais je n'oserai rentrer à la maison.
- Tu ne peux pas simplement dire la vérité ?
- Mais jamais on ne me croira, et puis si jamais on apprend que j'étais avec toi, je crois que je vais... qu'on va me... que...
- Bon, alors je t'accompagne
- Surtout pas, ce sera pire, les choses s'aggraveraient encore.
- Et si on draguait la rivière ?
- Avec quoi, et comment ? On est à peine secs d'avoir plongé et replongé, mais on ne peut rien trouver dans cette vase.
- Il faut bien que tu trouves une solution, et que tu te décides à rentrer à la maison.
- Jamais.
- Enfin, tu ne peux pas rester dehors, et traîner de village en village.
- Si, c'est une bonne idée, je vais me faire engager comme couturière à la ville. Et quand j'aurai assez d'argent, je m'achèterai une nouvelle gourmette et je rentrerai à la maison. Personne n'y verra rien.
- Parce que tu crois vraiment qu'ils ne se rendront pas compte de ton absence et qu'ils ne partiront pas à ta recherche ?
- Tu gâches tout.
- Dis, ce n'est pas le moment de rêver, il faut trouver une solution concrète. Ecoute, tu viens de me donner une idée. J'ai économisé pour pouvoir t'acheter une bague de fiançailles. Je vais te donner toute ma bourse pour que tu puisses remplacer la gourmette qui est au fond de l'eau. Ce sera mon cadeau de fiançailles. Qu'en dis-tu ?
- Oh, Georges, tu veux m'épouser ?
- Oui, je veux te rendre heureuse. Allez, souris, nous avons encore du temps : passons chez moi puis allons chez le bijoutier.
- Oh, Georges... oui, allons, vite...
 
 

lundi 16 mai 2016

Un tableau, une histoire (11)

Sur une proposition de Lakievo


William-Chadwick-House-by-the-Stream-1917-600x495
 
- Voilà, nous sommes arrivés. Coupe le moteur. La maison est si jolie vue de ce point de vue, avec le reflet dans l'eau de l'étang. De l'autre côté elle est bien un peu ingrate, mais je l'aime tant... Regarde, le bateau est toujours là, je vais pouvoir m'installer au milieu du plan d'eau, m'étendre au fond avec un livre... Les nénuphars ont déjà quelques feuilles, d'ici la fin des vacances ils auront fleuri. Oh, et puis les iris d'eau, attends-moi, je vais faire un bouquet...
- Natacha, j'aimerais aller ouvrir les volets, faire entrer le soleil et installer nos affaires. Cueille ton bouquet, je prépare le vase, mais en attendant donne-moi la clef.
- C'est toi qui l'a prise, elle doit être dans ta poche.
- Non, tu l'as toujours dans ton sac.
- Rappelle-toi, je l'ai posée sur le secrétaire comme tu me l'avais demandé, tu m'as dit que tu voulais y mettre un porte-clef.
- Tu as raison...
- Bon, je vais cueillir les fleurs et on verra ensuite... Nous sommes en vacances, rien ne presse...
 
 

lundi 9 mai 2016

Un tableau, une histoire (10)


"Fantastique, elle est fantastique ma mère. Complètement démodée, elle date du millénaire précédent. Plus aucune mère, de nos jours, n'envoie sa fille porter la chandelle. J'avais pourtant bien résisté, Marianne me soutenait silencieusement : elle non plus ne voulait pas avoir le fardeau de sa sœur à ses côtés pendant qu'elle rencontrait son fiancé. Elle avait beau avoir tout promis à maman, celle-ci n'en a rien voulu savoir. Il fallait que j'accompagne ma sœur et son promis. Elle, si pingre, m'a même donné de quoi m'acheter une boisson. Une seule....
 
J'ai choisi de porter mon Jean's troué, juste pour les énerver. Ah oui, ils ont été bien énervés. J'ai même mis mon béret, le jaune-pisse-d'âne, celui que tout le monde déteste, et moi la première, mais je ne vais pas l'avouer. Pour le coup, je souris aux réactions de maman qui s'est fâchée tout rouge comme prévu, mais je n'ai pas eu besoin de me changer, Marianne savait que j'y mettrai des heures, et elle avait envie de retrouver Maurice. Nous sommes parties toutes les deux, j'ai immédiatement rassuré ma sœur pour éviter qu'elle ne me fasse des myriades de recommandations qui m'auraient fâchée...
 
Maurice avait paru bien contrarié en me voyant, Marianne avait dû le rassurer sur mon compte. J'ai marché loin derrière eux, ils m'ont attendu pour entrer dans ce café, et je serais bien restée à l'extérieur, mais il s'était mis à pleuvoir...
 
Ils sont installés au fond, bien tranquillement, j'ai trouvé un profond fauteuil, je m'ennuie comme il n'est pas permis. J'ai bien essayé de capter leur conversation (alors que j'avais promis à Marianne que je n'en ferai rien), mais leurs voix étaient trop faibles. Tant pis, il va falloir que je me plonge dans mon cours d'histoire. Au moins, au bout de ces longues heures, je saurai tout sur Napoléon... à moins que je ne m'endorme avant..."
 
 

lundi 2 mai 2016

Un tableau, une histoire (9)

 
Sur une proposition de Lakievo
 
 
Emerine sourit. Elle est assise à côté de son mari Eusèbe et contemple leurs petits-enfants sauter dans la piscine. Elle ferme les yeux et se revoie plus jeune, aux environs de leur dixième année de mariage. Un soir, son mari lui fait une remarque qu'elle a très mal prise. Elle en a été tellement blessée qu'elle ne lui a plus parlé. Elle ne savait plus comment se sortir de cette impasse. Le lendemain, elle a préparé un délicieux déjeuner, sachant que son mari aimait ce plat mais qu'il ne rentrerait pas à la maison. Elle savait être rosse, elle avait même fait un gâteau. Elle est partie très tôt chercher ses enfants à l'école pour pouvoir passer à l'église située tout à côté du centre scolaire. Elle s'est arrêtée devant le saint Sacrement pour raconter sa tristesse. Et comme l'endroit était sinistre, elle a couru chez le fleuriste du coin pour ramener une plante à Jésus. Elle lui a chuchoté : "Si Eusèbe rentrait avec des fleurs, je pense que tout s'arrangerait". Mais tout ceci ne pouvait être que théorique, Eusèbe ayant une grosse journée de travail devant lui, il ne rentrerait que tard le soir.
 
Ses enfants à la main, Emerine est rentrée chez elle. En arrivant devant son appartement, la porte s'est ouverte et elle s'est trouvée nez à nez avec un immense bouquet de fleurs. Eusèbe, un peu timide se tenait juste derrière. Ils se sont réconciliés d'un baiser et d'un pardon mutuel donné et reçu. Eusèbe lui a dit qu'un changement inexplicable de programme lui avait permis de rentrer pour déjeuner.
 
A table, un des enfants s'est écrié : "Mais qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Papa offre des fleurs à maman et on mange un repas de fête". Eusèbe et Emerine se sont souris à travers la table mais n'ont pas dit un mot.
 
Depuis ce jour, Emerine n'a plus jamais interprété les paroles d'Eusèbe, elle lui demandait gentiment des explications. C'était tellement plus facile ainsi. Comme elle l'aimait, comme elle avait de la chance d'avoir épousé un homme aussi gentil, aussi délicat, aussi attentionné. Cette histoire avait été la seule dispute de toute leur vie conjugale. Vraiment, on pouvait dire qu'ils étaient heureux !

Note : Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est purement fortuite.
 
 

lundi 25 avril 2016

Un tableau, une histoire (8)

 
 
Sur une proposition de Lakievo
 
 
 

Habituellement, les tableaux de Lakievo m'inspirent, il me suffit de poser les doigts sur le clavier pour qu'une histoire en sorte. Cette fois pourtant, je ne veux pas me laisser inspirer. Je n'ai pas envie de raconter ce qui sortirait de mes doigts si je les laissais s'exprimer. Je ne vois qu'une histoire lugubre, sinistre, triste et cruelle, avec des morts, de l'horreur et du terrible...

Je passe donc mon tour, je préfère les bains de soleil réchauffants aux clairs de lune glaçants !


 
 
 

lundi 18 avril 2016

Un tableau, une histoire (7)

Sur une proposition de Lakevio



Quelle chaleur ! Je crois bien que je ne quitterai pas cette place. Certes, ce muret est déjà trop chaud, mais je sens un tout petit souffle d'air qui me permet de mieux supporter cette ambiance. Mais que fait-il donc ? Il m'avait bien demandé d'être ponctuelle, et m'a assuré qu'il serait présent lorsque j'arriverai. Pourquoi donc a-t-il voulu me présenter à sa famille un tel jour ? Si j'ai bien compris ses explications, toute la famille sera présente pour l'anniversaire de mariage de ses grands-parents. Pourtant, si je compte bien, il manque ses parents, deux de ses sœurs, et ses cousins, ceux qui sont si turbulents et avec qui il a fait les cent coups ! Cette petite fille doit être Alice, la fille de sa grande sœur, assise avec deux de ses enfants sur la banquette au fond. Son autre sœur est avec ses tantes. L'oncle bougon est seul, comme de bien entendu, les grands-parents sont inséparables, tels des jeunes mariés.
 
Je m'ennuie, et surtout, cette situation m'ennuie. Lorsque j'ai sonné, la gouvernante, celle qui propose des rafraichissements m'a ouvert la porte, et m'a fait m'installer sur la terrasse sans me dire un mot. J'ai voulu saluer les personnes présentes, mais personne n'a fait attention à moi. Arthur est un drôle de bonhomme, mais je l'aime tellement. Il m'avait prévenu que sa famille avait de bien curieuses réactions, je commence à comprendre. Mais que fait-il ? Ce silence m'oppresse...
 
J'entends une automobile, serait-ce enfin lui ?
 
 

lundi 11 avril 2016

Un tableau, une histoire (6)

Sur une proposition de Lakevio
 
 
Ma toute douce,
 
Te souviens-tu, ma toute belle, du premier bouquet de lilas que nous avons cueilli ? Tu avais vingt ans tout juste, tu étais si lumineuse dans ta robe blanche, sous ton petit canotier. Tu me souriais tendrement. Nous étions si émus l'un et l'autre. Je sentais que tu espérais que je te dise tout mon amour, j'attendais le moment propice, et surtout, surtout, le courage de te le dire. Vois-tu, mon aimée, ouvrir son cœur demande de l'audace, c'est toujours un risque, le risque de se voir rejeté. A aucun prix je ne le souhaitais, et même si je voyais bien que tu semblais sensible à mon amour, un petit frisson d'inquiétude me parcourait.
 
Nous avons marché en parlant de tout, de ce que nous attendions de la vie, de ce que nous en espérions, de tout ce que nous pourrions en recevoir. Nous nous étonnions mutuellement lorsque nous constations que nos pensées, nos désirs, nos aspirations tendaient vers les mêmes buts.
 
Te souviens-tu, ma si tendre, que tout à coup nous nous sommes tus, l'un et l'autre saisis par la beauté du bosquet de lilas auprès duquel nous nous étions arrêtés ? Le parfum si puissant de ces fleurs se mêlait à l'exhalation de notre amour. Nous nous fîmes face, tu regardas le sol, puis doucement, avec une résolution que je n'oublierai jamais, tu relevas la tête pour planter tes yeux dans les miens.
 
D'un élan, je te confiai l'amour que je te portais, immédiatement tu me répondis avec la même puissance. Nous échangeâmes notre premier baiser. Avec mon couteau, je te coupai des branches de lilas pour en faire un bouquet, nous rentrâmes, main dans la main.
 
Depuis ce temps, tant d'années ont passé. Tu es toujours aussi belle, mon aimée, tu es toujours aussi lumineuse, tu es la femme de ma vie, celle que j'ai toujours chérie, et que je chérirai jusqu'au dernier jour. Chaque année, à la date anniversaire, je t'offre un bouquet de lilas cueilli sur le même buisson. Parfois, nous rions devant les fleurs fanées que je te ramène, mais tu les places dans un vase avec le même enthousiasme que si elles étaient tout juste écloses. Parfais, elles ne sont que des tiges avec des promesses de boutons. Ni la chaleur, ni l'eau fraîche que tu verses dans le vase ne permettent la floraison. Cette année, ma si douce, elles sont parfaites. Ce sont celles sous lesquelles nous nous sommes dit notre amour, ce même amour que je te répète aujourd'hui encore.
 
Ma bien-aimée, mon tendre amour, te rends-tu compte que c'est le soixante-sixième bouquet que je t'offre ? Merci pour tout le bonheur que tu m'as donné tout au long de ces années.
 
Je t'embrasse avec une affection toujours grandissante,
 
Léopold.
 
Faustine replie la lettre qu'elle a trouvée au pied du vase. Elle la range dans son enveloppe, lève son regard vers Léopold et murmure "Merci, tu me rends si heureuse".