Des nœuds dans mon fil

lundi 11 avril 2016

Un tableau, une histoire (6)

Sur une proposition de Lakevio
 
 
Ma toute douce,
 
Te souviens-tu, ma toute belle, du premier bouquet de lilas que nous avons cueilli ? Tu avais vingt ans tout juste, tu étais si lumineuse dans ta robe blanche, sous ton petit canotier. Tu me souriais tendrement. Nous étions si émus l'un et l'autre. Je sentais que tu espérais que je te dise tout mon amour, j'attendais le moment propice, et surtout, surtout, le courage de te le dire. Vois-tu, mon aimée, ouvrir son cœur demande de l'audace, c'est toujours un risque, le risque de se voir rejeté. A aucun prix je ne le souhaitais, et même si je voyais bien que tu semblais sensible à mon amour, un petit frisson d'inquiétude me parcourait.
 
Nous avons marché en parlant de tout, de ce que nous attendions de la vie, de ce que nous en espérions, de tout ce que nous pourrions en recevoir. Nous nous étonnions mutuellement lorsque nous constations que nos pensées, nos désirs, nos aspirations tendaient vers les mêmes buts.
 
Te souviens-tu, ma si tendre, que tout à coup nous nous sommes tus, l'un et l'autre saisis par la beauté du bosquet de lilas auprès duquel nous nous étions arrêtés ? Le parfum si puissant de ces fleurs se mêlait à l'exhalation de notre amour. Nous nous fîmes face, tu regardas le sol, puis doucement, avec une résolution que je n'oublierai jamais, tu relevas la tête pour planter tes yeux dans les miens.
 
D'un élan, je te confiai l'amour que je te portais, immédiatement tu me répondis avec la même puissance. Nous échangeâmes notre premier baiser. Avec mon couteau, je te coupai des branches de lilas pour en faire un bouquet, nous rentrâmes, main dans la main.
 
Depuis ce temps, tant d'années ont passé. Tu es toujours aussi belle, mon aimée, tu es toujours aussi lumineuse, tu es la femme de ma vie, celle que j'ai toujours chérie, et que je chérirai jusqu'au dernier jour. Chaque année, à la date anniversaire, je t'offre un bouquet de lilas cueilli sur le même buisson. Parfois, nous rions devant les fleurs fanées que je te ramène, mais tu les places dans un vase avec le même enthousiasme que si elles étaient tout juste écloses. Parfais, elles ne sont que des tiges avec des promesses de boutons. Ni la chaleur, ni l'eau fraîche que tu verses dans le vase ne permettent la floraison. Cette année, ma si douce, elles sont parfaites. Ce sont celles sous lesquelles nous nous sommes dit notre amour, ce même amour que je te répète aujourd'hui encore.
 
Ma bien-aimée, mon tendre amour, te rends-tu compte que c'est le soixante-sixième bouquet que je t'offre ? Merci pour tout le bonheur que tu m'as donné tout au long de ces années.
 
Je t'embrasse avec une affection toujours grandissante,
 
Léopold.
 
Faustine replie la lettre qu'elle a trouvée au pied du vase. Elle la range dans son enveloppe, lève son regard vers Léopold et murmure "Merci, tu me rends si heureuse".
 
 

8 commentaires:

  1. Très beau cet amour toujours intact au bout de 66 ans.
    Bonne semaine.

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  2. C'est magique bravo l'histoire est captivante
    Bonne semaine :)

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  3. Oh que c'est beau !
    C'est beau, l'amour, et le lilas aussi...

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  4. Une belle histoire d'amour, racontée avec délicatesse ; que cela fait du bien à lire... Merci à eux de partager ce moment tendre avec nous.

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  5. Ils eurent des orages lorsque le lilas n'était pas en fleur mais la force de leur amour leur permit de les traverser.

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    1. Non, Léopold et Faustine n'ont eu qu'une seul orage dans leur vie. Ils sont tellement respectueux de la liberté, des désirs, des souhaits de leur conjoint qu'ils n'ont pas besoin de se disputer.

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  6. Jolie histoire. Mon mari ne m'achète jamais de fleurs mais prend grand plaisir à aller me chercher quelques fleurs dans notre jardin quand je lui demande ou essaie d'attraper quelques branches de lilas du voisin (loin d'être fleuri le lilas). Par amour ? Heu, surtout par fierté pour son jardin quand celui-ci veut bien lui donner quelque chose.

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    1. Le mien ne m'en achète non plus, à son grand désespoir parce qu'il aime voir des fleurs à la maison. Mais je n'aime pas les jeter, et il le sait. Bref, c'est moi qui lui en offre, et qui m'en occupe. Tant que ce ne sont pas les miennes, je peux les jeter sans pitié lorsqu'elles sont fanées !!! Ne cherche pas à comprendre !!!

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