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jeudi 4 mai 2017

Cours contre cours

Un cours de cuisine albanaise donné en français. Un cours de français sur fond de cuisine albanaise. Mon élève m'a gâtée de son plat, elle a appris à dire "oignon, épinard, farine de maïs, crème épaisse,  saupoudrer, mouiller, huile, feu fort, mélanger, potager, four, couche, une fine couche..."

Je suis repartie avec le déjeuner et un plat dont je ne connais pas le nom... Voilà ce qui arrive lorsqu'on s'applique à ne parler que le français (enfin, j'aurais du mal à parler albanais !)

Pour la recette, c'est facile : elle me montrait les contenants pour que je puisse savoir de quel ingrédient il s'agissait. Elle me montrait les poids mais en précisant qu'elle ne "mettait pas tout". "Pi mal Daum" comme disent les allemands, "au pif" comme on dit en français. Tout était au pif, ce qui explique que ce plat n'avait pas le même goût que la fois précédente où elle me l'a fait goûter !

Ma joie a été à son comble lorsqu'elle m'a raconté (je la comprends de mieux en mieux, mais aussi elle parle de mieux en mieux) qu'elle voulait progresser en français, et qu'elle allait ensuite chercher du travail. Aujourd'hui j'ai constaté qu'elle prenait son cours vraiment à coeur. Ce matin, son mari lui chuchote : "Suzan, tu dors ? Alors si tu es réveillée, va chercher ton livre et apprends ton vocabulaire !"

A partir de dorénavant et pas plus tard que maintenant elle qui était déjà fantastique va devenir extraordinaire !




jeudi 30 mars 2017

Sinon ma tête pouf-pouf

Je reviens de mon cours de français (CLIC) donné à une albanaise. Mon élève est une femme géniale, intelligente, dynamique, merveilleuse. Nous avons tâtonné un bon moment pour trouver le mode idéal d'apprentissage du français. J'ai cherché des livres, des idées, et puis j'ai découvert qu'elle trompait merveilleusement son monde, et qu'en fait elle comprenait largement moins de ce qu'elle paraissait comprendre.

Or expliquer le sens d'un mot avec d'autres mots eux-mêmes incompris relève de l'exploit. Tant qu'on peut mimer (le ridicule ne tue pas), faire des onomatopée et dessiner, les choses sont relativement simples. L'envers de la médaille est que l'élève ne peut mémoriser aussi vite, et que je passe mon temps à refaire le singe.

Puis, dans mes recherches, je suis tombée sur un livre de conversation français-albanais. Depuis lors, mon élève lit des listes de mots avec moi. Pour la faire rire, je lis la traduction en albanais (actuellement c'est beaucoup moins drôle parce qu'ai compris les bases de la prononciation). Durant la semaine elle apprend les listes. Pendant qu'elle me prépare un café turc (c'est une tuerie, je ne rêve que de café turc de jeudi en jeudi), elle me récite ses listes par coeur. C'est drôle, impressionnant et efficace.

Maintenant nous avons enfin du vocabulaire pour créer des dialogues, elle ne me dit plus que sa tête "pouf-pouf". Elle peut acheter des timbres-postes, des pommes, des fraises et du fromage. Par contre, exit les courgettes et le poireau, parce que nous n'avons pas trouvé la traduction dans le manuel de conversation. Il faudra attendre que le dictionnaire français-albanais soit réédité, ce sera pour le mois de mai !


dimanche 5 février 2017

Français pour étrangers

J'ai eu l'occasion de rencontrer une femme albanaise qui vit ici depuis 12 ans. Difficile à comprendre lorsqu'elle parle, encore plus difficile de se faire comprendre lorsqu'on lui adresse la parole. Pour une grande bavarde comme moi, c'est une souffrance que je partage : devoir vivre presque isolée (même si la famille et les enfants permettent l'expression et le partage, l'isolement se sent dès qu'elle sort de la maison) est un châtiment qu'elle ne mérite pas. Je l'admire à se rendre aux invitations, s'asseoir à table lors de la fête des voisins et capturer par-ci, par-là un mot qui ne donne pas sens à la conversation.
 
L'année dernière, je lui ai proposé de lui donner des cours de français. Elle a refusé. Cet hiver elle est passée par son amie pour me dire qu'elle serait contente de prendre des cours de français. Hourra ! Nous avons eu notre premier cours il y a dix jours. J'ai été absolument stupéfiée par sa capacité à cacher son faible niveau de français. Après avoir été déstabilisée, j'ai dû revoir ma façon de procéder, choisir une autre méthode, et surtout, essayer de comprendre la grammaire de sa langue maternelle pour pouvoir cerner ses difficultés. Par exemple, l'albanais ne connaît pas les pronoms personnels, ils sont inclus dans le verbe comme en latin.
 
Le deuxième cours était déjà plus efficace, plus adapté à ses besoins. Elle m'a dit en riant que ses enfants (8, 5, 3 ans) lui faisaient faire ses devoirs et répéter ses leçons. De mon côté, j'ai l'impression de tout recommencer comme avec Augustin dysphasique : il faut parler avec les pieds et les mains, démontrer en mots simples, et surtout, tout faire avec amour. J'aime le jeudi matin.
 
 
 

lundi 30 janvier 2017

Dysphasie, comment faire ?


Un enfant muet pendant les cinq premières années de sa vie. Il parle du regard, se fait comprendre par gestes et comprend ce qu'on lui demande. Seules les voyelles ont le droit de s'extraire de sa bouche. Tout son entourage fait des propositions face au contexte : "a". "Que veux-tu ? une tomate, la table, une banane, du fromage..." Nous étions devenus très forts à ce jeu.

Les consonnes sont arrivées avec l'apprentissage de la lecture, à 5 ans, à l'aide d'une méthode gestuelle. Puis l'école (privée) m'a fait savoir que mon enfant n'y avait pas sa place et qu'il fallait trouver une autre solution. Heureusement, j'avais devancé la directrice et décidé de lui faire l'école à la maison. Nous avons travaillé six ans, suite à quoi il a été à nouveau scolarisé avec un an de retard seulement ! Aujourd'hui il est dans une classe à tout petit effectif et poursuit ses progrès.

Si je vous raconte ma vie, ou plutôt sa vie, ce n'est pas par nécessité, mais parce que j'ai mis par écrit toutes les étapes du travail que j'ai effectué avec Augustin. J'ai envoyé mon manuscrit à une maison d'édition spécialisée. Elle l'a refusé au motif que les livres que je cite ont été édités par d'autres éditeurs et que les illustrations doivent être faites par leurs illustrateurs propres (en réalité je n'ai que des photos qui sont indispensables pour comprendre la méthode, et pour peu qu'on cite correctement les auteurs, il n'y a pas de soucis à prévoir avec les éditeurs concernés). Je ne ferai aucun commentaire, ce genre de propos n'en appelle aucun. J'aurais pu écrire un livre-témoignage racontant tout mais ne disant rien, il aurait été édité mais sans grand intérêt.
 

Estimant dommage de garder pour moi ce qui peut être une aide pour d'autres, j'ai décidé de le proposer en téléchargement à partir de mon blog. J'espère sincèrement pouvoir aider des parents qui se trouvent désemparés devant la situation qui leur est infligée. J'en ai entendu des "votre enfant ne pourra pas suivre au CP ; il ne jouera jamais de la musique, ne pourra pas lire les notes ; quant à apprendre les tables de multiplications, c'est inutile, vous perdez votre temps ; il chante sur une seule note, acceptez-le ; pourquoi lui faire apprendre les conjugaisons puisqu'il ne reconnaît pas le verbe, qu'il ne connaît pas leur sens et qu'il ne parle qu'au présent ; vous feriez mieux de lui faire passer des tests de QI, comme ça, si les résultats sont vraiment mauvais (ce qu'ils seront), il aura de la chance et pourra être pris en charge ..."

 
Vous, les parents d'un enfant dysphasique qui avez entendu les mêmes rengaines, qui ne pouvez compter que sur vous-même parce que l'entourage ne comprend rien aux dysphasiques, gardez confiance, armez-vous de patience, et travaillez inlassablement avec votre enfant : avec une bonne prof de chant, il chantera ; avec un bon prof de musique, il jouera d'un instrument ; avec le temps il parlera à tous les temps et saura du coup conjuguer mieux qu'un autre ; avec de la répétition il connaîtra ses tables de multiplication, en travaillant plus qu'un autre, il pourra retenir ses cours de sciences, d'histoire ou de géographie.

Courage, avec de la patience on nivelle les montagnes et on comble les ravins.

Le livre "Comment j'ai aidé mon enfant dysphasique" se trouve en cliquant en haut de la colonne de droite du blog sur l'onglet "Pour accéder au livre" ou ICI.

 
Ce livre n'est pas libre de droits, il est le fruit d'une dizaine d'années de travail. Les citations seules sont autorisées avec mon nom et le nom du blog.
 
 

vendredi 4 novembre 2016

Réunions scolaires

Depuis que je suis en Suisse, j'aime les réunions dans les écoles. Que ce soient les réunions parents-professeurs, ou les réunions de groupe où le directeur explique à l'ensemble des parents l'organisation des études.
 
Hier soir, j'avais été invitée à une telle soirée, la réunion avait été fixée à 20 heures. Je suis arrivée 7 minutes avant l'heure, la salle était déjà bien pleine et les parents continuaient d'affluer. Je me suis choisie une place située sur le côté, près d'un couloir éclairé. Ces réunions sont redoutables dans la mesure où tout le monde utilise actuellement des projections. La salle est dans la pénombre, le risque est grand pour moi de m'endormir, bercée par la voix paisible du conférencier. Cette fois, pas de risque, j'avais emporté mon tricot.
 
J'avais déjà bien avancé dans ma brassière quand le directeur s'est enfin approché du micro, pour nous annoncer, en regardant la pendule : "Je vois que des parents arrivent encore, nous allons laisser du temps aux retardataires : une ou deux minutes". Il était exactement 20 heures. C'est à ce moment-là précisément que j'ai jubilé en comparant l'heure de début des réunions suisses et françaises. Nous avons commencé à 20 heures, une minute et trente secondes.
 
En France, l'exactitude est la politesse des rois. En Suisse, l'exactitude est la politesse de tout le peuple.
 
J'ai pu tricoter toute une manche, je n'ai pas dormi, j'ai écouté et retenu tout ce qui nous a été annoncé. Une seule question à la fin de la présentation, j'étais dans ma voiture à 21 heures 20. C'est ce que j'appelle de l'efficacité !
 
 

mercredi 12 octobre 2016

Apprendre l'italien

Apprendre l'italien est inscrit sur ma liste de choses à faire depuis que j'ai une vingtaine d'années. Mais voilà, je ne suis pas très douée pour les langues étrangères, et surtout, il m'est difficile de travailler sans soutien, et sans professeur qui puisse répondre gentiment à mes questions. J'ai mis ce métier sur l'ouvrage à plusieurs reprises, j'ai tenu plus ou moins longtemps, puis j'ai remisé l'enseignement, non pas définitivement, mais dans l'idée de le ressortir au moment opportun.
 
Ce moment est arrivé, j'apprends l'italien. Après avoir testé différentes méthodes, lesquelles ont toutes le même point commun, celui de mettre en scène une famille de deux enfants, un garçon et une fille, qui commencent par se dire bonjour, puis se présentent, puis voyagent, puis... bref, j'ai une over-dose de cette méthode d'enseignement qui se dit être proche de la langue maternelle mais qui oublie l'essentiel : on ne baigne pas dans une langue étrangère à raison de 3 ou 4 heures par semaine, ou même une heure par jour. J'ai donc remisé ces méthodes ennuyeuses.

Mon amie Nadia à qui j'exposais mes souhaits, m'a donné des méthodes d'apprentissage d'italien pour les étrangers qui résident en Italie. Voilà qui paraît d'un coup plus excitant. Et de fait, le livre comprend 18 textes, chacun résolvant deux ou trois points de grammaire, et surtout, surtout, il n'y a pas de dialogue, mais un récit sur un point de la culture italienne. Ouf, enfin quelque chose d'intelligent. On apprend alors à dire que l'Italie est une péninsule, quelle est sa géographie, son climat, sa position en Europe. Les leçons suivantes nous mènent chez une étudiante, dans une pizzeria, une famille italienne, à l'opéra, nous parle de Jules César ou de la mafia. C'est absolument passionnant.

Il faut s'accrocher dès la première page, tout est en italien, y compris les règles de grammaire. Certes, l'italien se lit assez aisément, mais il faut apprendre tout le vocabulaire. Au bout de trois leçons, j'ai déjà appris (essayé d'apprendre) 1700 mots de vocabulaire !

Dès que j'ai terminé l'étude d'un texte, de sa grammaire et des exercices qui font suite, j'envoie un mail à Nadia avec le texte scanné en pièce jointe. On se fait un rendez-vous Skype, elle me pose des questions, on discute en italien, puis en français, mes 1700 mots et le présent de l'indicatif ne permettant pas encore d'avoir de discussion passionnante en italien. Mais ça viendra...

En attendant, on parle cuisine, elle me donne des recettes en italien. Comme je lui demandais des idées de films simples à comprendre, elle m'a proposé d'aller sur un site de cuisine et de visionner les vidéos. C'est un vocabulaire à ma portée, je me régale aux deux sens du terme, parce que ça me donne plein d'idées de repas !

Apprendre l'italien par la cuisine, voilà enfin une méthode d'italien qui me convient. Allez, je vous quitte, le passé-composé m'attend !

Baci !



 

mercredi 29 juin 2016

Il prend son nouveau rythme

Ce qui est bien en Suisse, c'est que les enseignants sont sensibles à la prise de nouveaux rythmes des enfants : tout se fait en douceur.
 
Ambroise termine son année scolaire vendredi prochain. La semaine dernière, il y a eu les examens de fin d'année. Cette semaine-ci est réservée au sport, sports collectifs, piscine, balade (appelée "course d'école", mais on ne court pas, on marche 15 km minimum). Il a cours à mi-temps, parfois le matin, parfois l'après-midi.
 
Je pense que ce rythme allégé doit permettre de faire une transition entre une année scolaire riche, et des vacances. Il faut habituer le corps à une vie plus douce et plus tranquille...
 
 
 

vendredi 5 juin 2015

J'ai fait un 5 !

La première fois qu'un de mes enfants est rentré à la maison en me disant victorieux : "Maman, j'ai fait un 5 !" je ne suis pas arrivée à me réjouir avec lui, ne comprenant pas le sens de ses mots. Pris individuellement, chacun des mots me semblait pourtant appartenir à la langue française. Associés comme ils l'étaient, ils me semblaient un peu obscurs. Et ils l'étaient vraiment.

J'ai vite pris l'habitude d'exécuter mentalement l'opération de conversion suivante :
(note - 1) x 4 pour avoir une note française. A partir de là, la phrase : "maman j'ai fait un 5" voulait dire "maman, j'ai eu un 16".

A ce stade, les choses étaient plus faciles. Néanmoins, la moyenne étant de 4 (12), un petit 5 me paraissait encore petit... jusqu'au jour où j'ai moi-même "fait un 5". J'ai dansé de joie devant cette excellente note et j'ai su me réjouir avec mes enfants pour leurs excellents 5 !

Tout est question de proportion... Et à ce jour, je situe parfaitement le 4,75 ou le 5,25 ! Je connais les nuances !

 

vendredi 8 mai 2015

Vite, vite, un petit mot

Vite, vite, entre deux cours, un petit mot pour vous rassurer (je vis toujours) et me faire pardonner (je n'ai pas répondu à vos gentils vœux à l'occasion de mon anniversaire).
 
Je vis donc toujours, en pleine forme, heureuse de me plonger à corps perdu dans mes fiches de révision tout en sachant que les cours ne sont pas terminés. C'est dur mais passionnant.
 
Les cours prendront fin le 29 mai, mais dès le 27 un écrit et un oral sont programmés. Le reste se répartira entre le lundi 1er juin (3 matières) et le mercredi (1 matière), sachant que 3 autres matières sont encore à placer entre le 1er et le 3 juin.
 
Lundi, j'ai déplacé un oral, le prof a bien voulu venir 20 minutes plus tôt pour m'interroger, et ce pour que je puisse me rendre à mon écrit de latin.
Ce qui donne : 8h40 oral, et 9 heures latin. Il se demande comment je vais faire pour finir à 9 heures et commencer à 9 heures, mais je ne me fais pas de soucis : les salles sont à 20 mètres l'une de l'autre, et pour le prof de latin, il n'y a pas vraiment d'horaire : à la session d'automne, il m'a convoquée avec 1/2 heure de retard...
 
Bref, il y a le côté convocation qui est plutôt souple, on essaye de choisir ses créneaux horaires et de les ajuster au mieux. Il y a le côté contenu qui lui ne laisse pas à désirer, et il faut travailler dur.
 
D'ailleurs, nous ne sommes que deux à présenter toute les matières en juin ! Les autres trouvent que c'est un peu beaucoup, et préfèrent répartir le travail. Pour ma part, je préfère passer de belles vacances sans penser aux examens, et à prendre de l'avance sur les lectures de l'année... à condition de tout réussir en juin.
 
Allez, au travail !!! Et à bientôt !
 
 

vendredi 5 décembre 2014

Le caté continue

Après des débuts vraiment difficiles, j'ai enfin trouvé un rythme de croisière dans l'enseignement du catéchisme.
 
J'ai trois classes. Les plus jeunes ne sont que neuf. Ils sont attachants, attendrissants, attentifs. Les deux autres classes comportent quinze élèves chacune. Ils sont vivants, étonnants, bavards, insolents...
 
J'ai eu le tort d'être trop gentille au début, et il a fallu que je resserre les boulons. En conséquence les enfants ont fait susciter un vent de révolte. J'ai tenu bon.
 
Et puis, ils se sont adaptés, se sont assagis, se sont soumis, et sont devenus attentifs. Je ne leur ai pas attribué de place fixe, et j'ai été étonnée la semaine dernière que les filles qui présentaient un mutisme forcé au fond de la classe s'étaient approchées en occupant les places de devant, et ont commencé à participer et à intervenir.
 
Tout autre enseignant se réjouirait à ma place.
 
Aujourd'hui, j'ai annoncé deux excellentes nouvelles à la classe de l'après-midi :
 
1. Il n'y aura pas de cours de caté la semaine prochaine.
 
Stupeur de ma part : ils ont été déçus.
 
2. Il y aura un film toute l'après-midi du dernier vendredi avant les vacances.
 
Ils n'ont pu se réjouir, déçus de voir une séance de caté sauter !
 
 
Intérieurement, j'étais contente : "enfin, ils sont heureux de venir alors qu'au début ils faisaient la tête". C'est alors qu'une des filles a pris la parole au nom de la classe : "Vous savez, Madame, on n'est pas très content de ne pas avoir caté. On devra rester avec notre maîtresse, et on devra travailler et faire des matières difficiles comme la dictée et les maths. Nous, on préfère venir au caté, c'est plus libre, on peut dessiner, se reposer. C'est quand même mieux".
 
 
Bon, la prochaine fois, j'attendrai avant de me réjouir !!!
 
 

mercredi 8 octobre 2014

Brèves de catéchisme

- Qui peut me dire ce qu'est la Toussaint ?
 
- Je sais, je sais, je sais... c'est un canton de la Suisse où on parle italien.
(Tessin)

 

samedi 13 septembre 2014

Je suis une dame caté

J'ai sauté le pas, je me suis proposée pour faire du caté dans ma paroisse. En pratique, le canton de Fribourg étant catholique, la religion est enseignée à l'école (comme en Alsace). Tout le monde est inscrit d'office, sauf dérogation demandée par les parents aux inspections des écoles. 

Au résultat, on obtient des classes à motivation variée, mais finalement, la motivation n'importe pas, on peut devoir faire des maths et les faire très bien sans être motivé.

Mercredi dernier, j'ai fait connaissance avec ma première classe. Des élèves de 3P (CE1), un tout petit groupe de 9, bavards mais agréables. La séance s'est passée comme dans un charme, et j'ai eu hâte de découvrir les deux classes de 5P (CM2) du vendredi. Las, si j'avais su...

Deux ans de plus, c'est un changement phénoménal. Ils étaient stoïquement insupportables. J'en étais saisie, bouche bée, et presque incapable de mener une conversation jusqu'au bout de son raisonnement. Ils ont cent mille choses à dire, de préférence totalement ineptes, sans intérêt, et largement hors sujet en s'interrompant sempiternellement.

J'ai réussi plus ou moins à dominer la classe du matin, 14 élèves. J'ai dû faire preuve d'imagination pour pallier au manque de matériel : classeurs, fiches à faire remplir par les parents. On m'avait dit de prévoir pour 8 à 10 élèves. J'ai arrangé les choses comme j'ai pu, j'ai bricolé pour faire du remplissage, et je les ai prévenus que la semaine suivante ils n'auraient plus le droit de parler, que je ne les interrogerai même pas s'ils levaient la main. Ils écouteront religieusement mes explications, puis je proposerai un temps de questions. Je suis rentrée déjeuner un peu secouée.

Heureusement, il y a eu le groupe de l'après-midi. 15 élèves. 3 filles timides, 2 bavardes tranquilles, 1 bavarde qui, lorsqu'elle ne discute pas avec sa voisine, lève la main impétueusement pour raconter sa vie (ou celle des autres), 1 meneuse bavarde, bravade, sans pitié pour moi. Côté garçons, à part deux mignons qui savent tout, les autres sont bavards, bruyants, taquins, et sans pitié pour moi.

J'étais largement désemparée, parce que s'il m'a manqué des feuilles le matin, je n'en avais plus l'après-midi. Pas plus que des classeurs qu'ils auraient pu illustrer. Le programme que je m'étais fixé est tombé à l'eau, celui qu'on m'avait proposé ne me correspondait pas, je me suis ennuyée, les enfants aussi. L'affaire tournait mal quand la meneuse a cru que je voulais les ramener en classe avant l'heure. Vite, elle s'est tournée vers ses camarades et leur a intimé l'ordre de se taire : "La prof va tout raconter à la maîtresse, et elle va nous passer un savon. Vous avez envie, vous, de l'entendre crier pendant une demie-heure ? Moi pas. Alors même si on s'ennuie, je vous demande de vous calmer".

Vlan.

On apprend l'humilité. On se dit que rien ne vaut l'expérience, qu'elle commence ici, et que la leçon numéro un consiste à toujours prévoir un plan B. Soit. J'ai bricolé les 10 minutes restantes, assez bien puisque le calme s'était fait.

En sortant, j'ai avisé la meneuse et lui ai demandé sa collaboration : "Tu les fais tenir tranquille, et moi je te promets que tu ne t'embêteras plus au cours de caté." Elle m'a donné son accord.

J'ai préparé mon cours de la semaine prochaine. Ils ne s'embêteront pas. Moi non plus d'ailleurs.