En
général, lorsque les gens apprennent que j'ai une grande famille, ils
s'exclament "oh, la, la, toutes les machines". En général, lorsque
j'entends cette réflexion, je les regarde avac un air dubitatif. Mais lorsque
je rentre chez moi et que je contemple le volume de linge à laver, je comprends
mieux leur effroi.
A
la naissance du sixième, je vivais en appartement, où j'avais la chance d'avoir
une très grande salle de bain dans laquelle je pouvais laisser ma planche à
repasser ouverte en permanence. C'était donc une salle de bain - buanderie. Au
départ, j'avais fait comme lorsque j'habitais en maison : j'avais posé des
paniers à linge pour faire le tri. Mais malgré ma grande salle de bain, nous
étions un peu encombrés par les 5 paniers : blanc, sombre, rouge, lainage,
multicolore. De plus, les enfants posaient en vrac leurs vêtements sales au
hasard (lorsqu'ils ne les laissaient pas trainer dans leurs chambres).
J'ai
alors demandé à Monsieur Alphonse de me fabriquer un support en bois pour mon
sac à linge sale. Nous nous sommes mis d'accord sur les dimensions, dans la
foulée, je lui en ai commandé un deuxième, et j'ai fait des sacs avec des
séparations. Ensuite, pour permettre à tous les enfants, même les analphabètes
à bien classer leur linge, j'ai brodé les noms des couleurs dans les couleurs
adéquates.
Vous imaginez aisément que ce système n'a jamais fonctionné. J'ai le sentiment d'avoir 7 daltoniens à la maison. Ils mélangent allègrement toutes les couleurs, jettent leur pull dans le linge à bouillir, mettent le polo bleu marine dans le blanc (peut-être parce que l'étiquette est blanche, il y a des mystères qui resteront toujours mystérieux), imaginent que les chaussettes blanches peuvent être lavées avec les vêtements rouges...
Si encore ils remplissaient les sacs de façon systématique : Tant qu'à tout mélanger, si un sac est plein, ils pourraient déposer leur linge dans le sac suivant. Et bien non : c'est invariablement le sac du linge foncé qui déborde, parce qu'il a le mérite d'être le plus près de la porte. C'est un argument.
Et si encore on évitait le linge qui traîne sur le sol. Et bien non, même ceci ne me sera pas épargné, je retrouve fréquemment du linge par terre, mais comme il est sale, il ne faut pas que je m'offusque... paraît-il...
Alors me direz-vous, pourquoi vous donner ici une idée de rangement qui ne fonctionne pas ?
Parce que, comme toutes les mères de famille, j'imagine que chez les autres tout marche mieux, sinon carrément bien : les enfants des autres ne crient pas, ne se disputent pas, sont obéissants, sont imprégnés d'ordre, et ils se souviennent de la façon de trier le linge.