Des nœuds dans mon fil

samedi 11 février 2017

Petite annonce


« Cherche critique littéraire. 
Joindre au dossier de candidature 
une critique du livre  
"Jouer avec ses nerfs
en moins de 500 mots ».

- Voilà une annonce pour toi.
- Tu plaisantes, je n’ai rien d’un littéraire.
- Oh, tu sais, « littéraire » ça veut tout dire et rien dire. Souviens-toi de nos cours de français du Lycée.
- Justement, ce journal cherche quelqu’un de sérieux.
- Tu as toutes les qualités requises : la critique te colle à la peau, tu le fais fort bien, en tout temps, en tout lieu et dans tous les domaines. Avec tous les livres qui encombrent ton logement tu peux te classer dans les littéraires. Regarde le délai, le papier doit être envoyé par mail avant vingt-quatre heures, tu as deux heures devant toi, c’est plus qu’il n’en faut.
- Mais je ne connais même pas ce livre.
- Et alors, quelle importance, crois-tu vraiment que les critiques lisent les livres avant de les commenter ?

Marlène quitte la pièce, la porte claque derrière elle. Je hausse les épaules en souriant de l’excessive jovialité de Marlène, je me laisse aller dans mon fauteuil en fermant les yeux. « Jouer avec ses nerfs »… ce titre me trotte dans la tête. Il doit s’agir d’un roman policier. Je déteste les romans policiers, c’est plein de sang, de terreur, de surprises mal dégrossies, du tueur aussi parfois.

J’attrape mon Moleskine et mon crayon préféré. Les mots arrivent, il s’agit de ne pas en perdre en les mettant par écrit.

« Jouer avec ses nerfs » est un livre qui aurait tout du roman policier si seulement il n’en avait pas tous les défauts. Il s’ouvre sur le personnage principal mal dégrossi qu’on a peine à imaginer, les indications de son physique et de son moral représentant un magma informe. Ce qu’on peut déduire sans retard du premier chapitre, c’est la terreur risible qu’il semble ressentir. On en rirait si du moins l’auteur savait écrire. En réalité on souffre avec l’auteur qui tente péniblement de créer une ambiance sordide. Le livre s’essouffle ainsi dès le deuxième paragraphe. Le lecteur se demande avec inquiétude si la lecture va n’être qu’une attente morbide d’une fin qui n’arrivera pas. Le soi-disant tueur va-t-il enfin sortir de l’ombre, et d’ailleurs existe-t-il vraiment ? On se sent entraîné dans une chaotique et inintéressante aventure qu’on ne veut suivre sous aucun prétexte. Fermer le livre sans en connaître la fin serait la solution idéale. Pour celui qui aura persévéré jusqu’au point final, il n’y aura pas de récompense, seulement le sentiment frustrant de comprendre que l’auteur a joué avec ses nerfs ».

Je tape mon texte et je l’envoie. Il est vingt-deux heures quarante-quatre.

Deux jours plus tard, je reçois un mail :

Cher Monsieur, votre candidature a retenu toute notre attention. Votre analogie avec le roman policier est excellente, vous avez parfaitement su appréhender le personnage principal et tous les défauts de ce qui livre qui retrace l’histoire insipide de clefs qui faussent continuellement compagnie à leur propriétaire. Je vous propose de nous rencontrer la semaine prochaine…

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 Texte écrit pour l'agenda ironique hébergé chez Jobougon selon les indications suivantes : 


Il s'agit de faire une critique littéraire d'un livre,

Que vous l'ayez lu ou pas.
Qu'il existe réellement ou pas.
Qu'un livre intrus se soit glissé distraitement dans le lot.
Que vous rêviez de l'écrire ou pas.
Ou qu'il soit, peut-être encore soigneusement conservé dans quelque bibliothèque secrète ou interdite.
Clôture : dimanche 19 février à minuit. Les textes auront été déposés dans les commentaires, ou directement à l'adresse mail suivante : jo.bougon(@)Hotmail.fr.
Les votes seront ouverts du 20 au 26 février, et les résultats proclamés le 27.

11 commentaires:

  1. Félicitations pour cet exercice de critique littéraire et pour la révélation des trucs et astuces des dits critiques! ;-)

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  2. Travail fictif!
    Heu, mon écrit a dépassé ma pensée.
    Pour dire que j'ai apprécié.

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  3. On ne critique bien que ce qu'on ne connait pas...mais qu'on imagine bien :)
    excellente critique.... de la critique !

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  4. Toutes les astuces sont permises pour obtenir un rendez-vous J'aime ;-)

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  5. Ah, quelle plume acerbe ! Tout les ingrédients sont réunis pour une critique... fort critique ! ça sonne tellement juste... :)

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  6. Je retiens quand même une phrase clé dans ta fabuleuse prestation:
    crois-tu vraiment que les critiques lisent les livres avant de les commenter ?

    voila un pavé dans la mare aux canards qui risque de faire grand bruit dans l'intelligentsia parisienne !
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  7. Je n'avais pas de but politique en écrivant ce texte, j'ai simplement été un peu provocante selon ma nature ! Le problème c'est que je vise souvent juste sans intention particulière, juste l'envie de m'amuser...

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  8. Très bien vu et tout à fait ironique " la critique te colle à la peau, tu le fais fort bien, en tout temps, en tout lieu et dans tous les domaines"
    :-)
    Bon dimanche

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