Comme tous les ans, passée la saison des moustiques, arrive brutalement le temps des souris. C’est ça la vie à la campagne… dès que le froid pointe le bout de son nez, les souris font de même dans notre maison. Mais moi, je ne suis pas d’accord de voir ces bestioles courir sous mes pieds avec leur regard arrogant. Et mon mari n’est pas d’accord de les entendre, la nuit, ronger les poutres de la maison.
Tout a débuté la semaine dernière : je prends mon petit déjeuner, tranquillement, face à Monsieur Alphonse. Je lis le premier cahier du quotidien, et je tourne brutalement la tête. Stupeur de Monsieur Alphonse : « Que t’arrive-t-il ? »
- J’ai vu une souris.
- Mais non, elles ne viennent qu’en novembre, et on l’aurait entendue marcher.
- C’est vrai. Je n’avais vu qu’une ombre, mais tu dois avoir raison. (Je préférais cette version).
Quelques secondes plus tard :
- Tu as raison, il y a bien une souris.
- Oh non…
- Je viens de la voir. D’ailleurs, si tu te retournes, tu la verras, elle nous regarde.
Je me retourne, et comme toute femme qui se respecte, je hurle. Mais je ne grimpe pas sur la chaise, ça non, j’ai ma dignité tout de même !
Monsieur Alphonse part à son travail en me laissant seule, en prise avec la souris. Quelle lâcheté… Je vais dans ma chambre (située à côté de la cuisine, ça a son importance), et que vois-je ? La souris qui m’a suivie. Je ne hurle plus. Je ne vais pas passer ma journée à hurler. Je quitte les lieux, et je me réfugie au salon.
Puis, c’est l’heure du réveil de la troupe. Les estomacs sur pattes arrivent en trombe, et la souris disparaît de notre champ de vision. Dans la journée, je l’entends bien, parfois, marcher dans ma chambre. Mais que faire ?
Monsieur Alphonse rentre tard, il n’a le temps que de poser un piège. Nous nous couchons, nous dormons… enfin je suis la seule à dormir, parce qu’à 4 heures du matin, réveillée en sursaut par les souris : une à côté de mon lit, l’autre à gratter dans le mur, je constate que Monsieur Alphonse a depuis longtemps quitté le lit conjugal pour aller dormir sur le tapis du salon. J’hésite à le réveiller, mais rien ne me fera plus rentrer dans ma chambre. Je tire d’une main preste ma couette et mon oreiller, et je pars me faire une petite place au milieu des légos qui jonchent le tapis du salon. Nous dormons par terre, laissant notre chambre aux quelques grammes de souris victorieuse.
Au petit matin, je n’entends plus la souris baladeuse. Elle a dû être gourmande et se faire prendre dans la tapette. Ouf… Mais il reste la souris du mur. Elle n’a pas encore décidé de venir nous voir dans la maison, mais toutes les nuits elle nous réveille en grattant le polystyrène. Nous dormons dans la seule chambre qui n’a pas encore été refaite…
Alors, nous passons un avis de recherche : nous voulons retrouver le joueur de flûte d’Hamelin. Ou alors sa flûte, ou tout au moins ses partitions. Parce que j’ai tout essayé : la flûte traversière, la flûte à bec soprano, alto, basse, la bombarde. J’ai essayé aussi de jouer sans faute, mais les souris ne sont pas sorties de leur trou. Est-ce une question d’instrument, ou de partition ?
Monsieur Alphonse a pris d’autres mesures : il a acheté des tapettes à souris qu’il a installées partout… à tel point que je suis dispensée de ménage, de peur de me faire prendre les doigts dans le ressort ! Il a investi également dans de la bonne nourriture pour souris affamées. Mais la nôtre ne doit pas avoir faim puisqu’elle continue son trafic nocturne.
A défaut de l’adresse du joueur de flûte d’Hamelin, nous sommes friands de toute bonne solution pour éradiquer de façon définitive la souris encombrante. Dire que nos enfants ont tous fait leurs nuits (8 heures d’affilée) à moins d’un mois, et que c’est une toute petite souris de rien du tout qui nous réveille toutes les nuits…