Des nœuds dans mon fil

lundi 5 octobre 2015

L'homme invisible 1/5

Tagguée par Ma', il m'appartient de trouver cinq photos, de raconter cinq histoires et de désigner une autre bloggeuse pour jouer le jeu. Albane, veux-tu prendre le relai ?


 
La semaine dernière, j'ai pris le train. Habituellement je me cherche un endroit tranquille pour pouvoir travailler. J'ouvre mon ordinateur, je pose mes écouteurs, je m'enfonce dans la musique pour oublier tout ce qui m'entoure, puis dans le travail.
 
Seulement, la semaine dernière n'a pas été comme les autres semaines. J'étais pourtant plongée dans la lecture d'un article passionnant, dans un coin complètement isolé, et je prenais des notes quand j'ai senti quelqu'un me secouer l'épaule. Je me tournai et vis un homme de quarante-cinq ans environ assis à côté de moi.
- Allons-nous bien dans la direction de N... ?
- Oui.
- Faites-vous souvent ce voyage ?
- Oui.
 
J'avais bien compris qu'il souhaitait parler davantage, mais je n'avais pas du tout envie d'engager la conversation. Je pris un air résigné lorsqu'il me dit :
- Ecoutez-moi, j'ai quelque chose d'intéressant à vous raconter.
 
Je dus enlever les écouteurs, ranger mon crayon et le regarder avec intérêt. Ce qui n'était que superficiel au début devint vite curiosité amusée.
 
"Je suis chef d'orchestre, je dirige au moins huit concerts par mois dans toutes les villes du monde. Il y a deux mois, j'étais à Bora-Bora pour une représentation. J'avais déjà donné un concert la veille, c'était un triomphe. Mais voilà que ce succès causa un préjudice énorme au titulaire de l'orchestre. Il n'était pas aimé de ses musiciens, sa place était menacée, et ma popularité auprès des musiciens faisait remarquer plus encore son aspect désagréable, méchant et déplaisant.
 
Il vint me voir dans ma loge pour me menacer : "Soit vous vous débrouillez pour vous faire détester afin que je puisse conserver mon contrat, soit je me vengerai de la façon la plus horrible que vous puissiez imaginer : je vous rendrai invisible".
 
Vous pensez bien que si je gardai mon sérieux devant lui, je riais intérieurement de sa sottise. Il s'en aperçu, s'approcha de moi et rapidement m'injecta le contenu d'une seringue qu'il tenait cachée dans sa main. Il sortit immédiatement.
 
L'heure d'entrer en scène arrivait, je tentais de l'oublier, y parvint et me concentrai sur le concert. On frappa à ma porte : c'était le moment. J'enfilai mes gants blancs (c'était une fantaisie à laquelle je m'étais attaché, fantaisie qui était devenue un rituel). J'entrai en scène porté par un feu tel que je n'en ai jamais connu d'autre auparavant. Tous les musiciens étaient accrochés à mes baguettes et jouaient avec une symbiose et une communion que je ne puis expliquer.
 
Mais progressivement ils changèrent de couleur, mirent moins d'énergie à bouger leurs archets, à souffler dans leurs instruments, la musique s'éteignit imperceptiblement au fur et à mesure que l'horreur se lisait sur les visages des musiciens. Je ne compris rien.
 
C'est alors que je vis mes mains s'agiter, seules, je veux dire sans mon corps : j'étais devenu invisible, et seules mes mains restaient apparentes. Comment avait-il fait pour rendre mes vêtements invisibles ? Bien sûr, j'avais enfilé mes gants après qu'il m'eut injecté son produit..."
 
 
 
 
Il me montra une photo de l'événement, et je me pris à sourire. Je n'aurais pas dû. Il sortit une seringue et m'injecta un produit dans le bras, se leva et partit précipitamment. Je repris mon travail. Je m'effrayai au moment où je refermai le couvercle de mon ordinateur : je ne voyais plus mon corps...
 
 
 



11 commentaires:

  1. J'aime beaucoup Alphonsine... un léger côté Edgar Allan Poe dans ton histoire !

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  2. Hâte de connaître la suite... merci pour cette histoire!

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    1. C'est une nouvelle, il n'y a pas de suite... ainsi chacun peut imaginer à sa façon comment le narrateur est sorti du train en portant son ordinateur et son sac !!!

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  3. beau passage du réaliste au fantastique, on y croit :-)

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  4. Chic ! encore 4 à venir .....
    Vous renouez avec vos "nouvelles" : super !
    Et puis, on peut toujours aller dans votre "libellés" cliquer sur le mot "nouvelle" : il y en a 12 à lire, re-lire, re-relire et se régaler ! merci
    Mais vos posts sont très sympas aussi (je vous lis depuis 2011)..... je ne me suis jamais ennuyée, au contraire même.....

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    1. Quel enthousiasme ! Vous me faites vraiment plaisir !
      Une lectrice fidèle... merci à vous !

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  5. Je passai ici par hasard, bien m'en a pris car j'ai adoré cette nouvelle ;-)

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  6. y aurait-il dans les consignes de ce tag une nécessité imaginative ?
    Et n'avons tous pas rêver un jour de pouvoir se rendre invisible ....
    Elle est chouette ton histoire, le chef d'orchestre dont on ne voit que les mains, c'est un beau symbole.
    Des bises

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