mercredi 19 avril 2017
dimanche 9 avril 2017
Passé-simple est un traître
Passé-simple est un traître. Forcément, il est le mal-aimé de la famille Indicatif. On lui demande peu de choses, on ne le sollicite que rarement. Pire encore, ses frères le traitent de renégat, voire de laisser pour compte. Quant à Futur-antérieur qui ne peut pourtant tirer gloriole de ses prestations, il le qualifie de "simplet" - calembour des plus faciles et des moins recherchés qui a le don de renforcer encore le ressentiment de son frère.
A force de mauvais traitements, Passé-simple s'est rabougri, il est devenu un taiseux aigri, haineux, sombre et grognon, toujours de mauvaise humeur, rarement plaisant, jamais complaisant, en aucun cas serviable. Le pauvre, si peu sollicité et tant moqué, il a perdu l'habitude de se parer, de rayonner et d'exulter.
Une lampe s'allume, c'est la sienne, le voilà de service, grincheux comme à son accoutumé. Il doit offrir ses "a" et ses "is", ses "it" et ses "eurent", ses "îmes" aussi, fier malgré tout d'être le seul de ses frères à pouvoir se parer d'un chapeau seyant. Il distribue ses terminaisons sans effort, en exigeant des verbes qu'ils se présentent à lui dans leur plus simple radical, sur trois colonnes bien distinctes. Avec son dédain qui lui est coutumier, il les a classés en trois groupes (l'idée vient de lui), du premier au troisième, en laissant accroire que le quantième était synonyme de qualité. Quelle ineptie, tout grammairien sait bien que le groupe premier est celui des verbes communs, puisque tout verbe fraîchement né tombe exclusivement dans cette escarcelle. Le deuxième groupe forme un tout bien soigné qui suit des règles précises. Le troisième quant à lui est celui des individus au caractère bien marqué dont il faut se méfier, puisque chacun suit ses fantaisies propres. Mais Passé-simple ne les aime pas comme la suite de l'histoire le montrera.
L'écrivain malin, assis on ne sait où et écrivant on ne sait quoi, vient de prendre sa plume. Les temps attendent en silence pour savoir lequel sera élu. Stupeur et tremblement dans la famille Indicatif, c'est Passé-simple qui doit œuvrer. Il s'avance en claudiquant, sachant par avance qu'il devra partager sa tâche avec Imparfait, cet impertinent pour qui tout n'est que facilité. Passé-simple se dresse sur ses jambes en grognant, les verbes s'avancent en se bousculant - c'est que c'est amusant de provoquer Passé-simple. Le voici qui, pour se venger, se met à distribuer ses terminaisons sans contrôler le radical.
Et c'est ainsi que "cousit"devint "cousa"...
Et c'est ainsi que "cousit"devint "cousa"...
vendredi 7 avril 2017
Mon papa (agenda ironique d'avril)
Je vais vous conter mon histoire dans les plus brefs détails. Je la tiens de mon ancêtre en lignitude directe, qui lui-même l'a apprise par le vent. C'est ainsi dans notre famille, la nature a une influencitude sur nous.
Je suis né sur un bateau. Enfin, c'est ce qu'on m'a raconté lorsque j'étais petit : "Ta maman, c'est la mer, ton papa, c'est le bateau. Nous, les hommes d'équipage, sommes tes oncles. Et si tu ne veux pas d'ennuis, ne te montre pas aux hommes de la passerelle". Ma petitude faisait confiance aux racontitudes, et puis c'est tellement plus joli ainsi.
Je suis né sur un bateau. Enfin, c'est ce qu'on m'a raconté lorsque j'étais petit : "Ta maman, c'est la mer, ton papa, c'est le bateau. Nous, les hommes d'équipage, sommes tes oncles. Et si tu ne veux pas d'ennuis, ne te montre pas aux hommes de la passerelle". Ma petitude faisait confiance aux racontitudes, et puis c'est tellement plus joli ainsi.
Mon papa c'estun cargo. Il est grand, puissant et fort. Sa ligne d'eau est peinte en rouge, le reste de la coque resplendit dans sa teinte bleu ciel. Mon papa est grand, c'est un géant avec ses 398 mètres de long et 54 mètres de large. D'ailleurs pour mon anniversaire il m'a offert une trottinette pour que je puisse faire des courses de la proue à la poupe. Il est amusant mon papa, parce que faire la course tout seul ne présentait que peu d'intérêt. Je suis toujours le gagnant - ou le perdant selon la façon de considérer la chositude. Alors il m'a offert un chronomètre pour que je puisse battre mon propre record. Ca, c'est chouette.
Mon papa est grand, puissant et fort, il me protège de maman. Maman elle, est très primesautière. Elle se laisse emporter par le vent et n'hésite pas à changer de sens là où va le courant. On la croit calme, paisible, belle, couleur bleu sombre les jours de grand soleil, virant au vert vers le soir, et à l'or à l'aurore. Mais il ne faut pas s'y fier, au moment où on s'y attend le moins, elle gonfle, enfle, hurle et domine. Elle mène papa en bateau, le malmène, le ballote et l'emporte. Papa se recroqueville alors, il ferme ses écoutilles, sort les seaux pour les hommes qui ont la sottitude de ne pas avoir le cœur solide et de persister à vouloir voguer sur les flots, et attend, secoué en tous sens que maman se calme. Il gagne toujours, il est fort mon papa. Il a bien compris qu'il valait mieux faire semblant d'accepter les lubies de maman, ses cris et ses emportements, la laisser accroire qu'elle pouvait le mener par le bout de la proue. En réalité, c'est lui qui garde le cap et qui nous emporte, envers et contre tout vers notre destination.
Pour l'agenda ironique d'avril, selon la formule imposée par "Ecri'turbulente" : écrire un texte à la première personne, choisir une embarcation, raconter une traversée, et ponctuer le texte de termes hurluberlus avec un suffixe en "-itude".
Pour voir les textes au fur et à mesure de leurs parutions, cliquer ICI.
mercredi 5 avril 2017
Les légumes au clair de lune
Un soir d’été au clair de lune,
La courge, le coing, l’ail et la prune,
Tous les légumes du potager,
Se réunissent en rangs serrés.
Mais que se passe-t-il par ici,
Que fait le tribunal cette nuit ?
Le potiron est accusé,
D’avoir volé le bananier.
Le potiron s’installe devant,
Les aubergines sont les agents,
Son défenseur s’approche de là,
C’est l’avocat tout plein d’émoi.
La courge assure la présidence,
Elle exige un grand silence,
Et maintenant que les témoins,
N’écoutent pas et aillent au loin.
Debout, Monsieur le Potiron,
Exposez-nous votre vrai nom,
Dites-nous ce que vous avez fait,
Dans la nuit du 7 au 8 mai.
Le potiron bien fatigué,
Décline son identité,
Cucurbita pepo Linné
J’habite dans le potager.
Les 7-8 mai je n’ai rien fait,
J’étais couché et je dormais,
Je n’ai pas volé, je le jure,
Les bananes vertes sont bien trop dures !
Que les braves témoins s’avancent,
Dit le Juge avec suffisance,
Ils viennent avec rapidité,
Et jurent de dire la vérité.
Le bananier est bien trop haut,
Dit avec fougue l’artichaut.
Le potiron est trop petit,
Répètent en chœur les salsifis.
Le potiron est bien trop rond,
Hurlent de rire les cornichons.
Il est aussi beaucoup trop lisse,
Affirme le chou avec malice.
Que le potiron est lourdaud,
S’exclament vite les poireaux.
Et un petit peu ventre à terre,
Se rappellent les pommes de terre.
Ne peut grimper sur le muret
Déclare ensuite le navet.
Et c’est une vraie mauviette,
S’extasient les petites courgettes.
Arrive le coing, dernier témoin,
J’ai tout vu, je n’étais pas loin,
Le voleur n’est pas potiron,
Mais toute l’équipe de marmitons.
J’ai parfaitement entendu,
Le bananier a tout vendu,
Ses belles bananes pas trop chères,
Et des pistaches aux enchères.
La parole est au Procureur,
L’haricot parle avec bonheur,
Requiert maint’nant avec ardeur :
Le plaignant connaît son voleur.
Par cette preuve irréfragable,
Le potiron est le
coupable
Qu’il soit pour 10 ans transféré,
Au-dessus du plus grand fumier.
L’avocat à présent se lève,
En plaidant ses deux bras s’élèvent,
Il redémontre avec talent,
Que son client est innocent.
Vous avez entendu comme moi,
Le coing et le rutabaga,
Le potiron n’a pu voler
Aucun des fruits du bananier.
Le bananier est un menteur,
Qu’il prenne l’avion pour l’équateur,
Qu’on reconnaisse que mon client
De ce larcin est innocent.
La courge avec autorité,
Met l’affaire en délibéré,
Le potiron est relaxé,
Ce n’est pas lui qui a volé.
dimanche 2 avril 2017
Agenda ironique d'avril
Le quatrième mois de l'année apporte son lot de voyages. C'est à Martine qu'il échoit d'héberger l'Agenda ironique du mois d'avril. Elle nous mène en bateau avec son thème maritime, fluvial, ou lacustre et ses mots en "itude", lisez plutôt :
Me voici désignée « Captain Events », en ce quatrième mois de l’an de Grâce 2017.
Je vous propose donc de partir en croisière.
Voilier ? Bateau de pêche ? Cargo ? Paquebot ? Péniche ? Pirogue ? Canot pneumatique ? Brise-glaces ? Chalutier ?
Vous choisirez l’embarcation, vous l’imaginerez, vous la décorerez, la baptiserez… Vous daterez la traversée… Quand vous vous déciderez à lever l’encre (oui, quand même), vous déterminerez l’itinéraire et les escales : L’île des Lettres ? L’île des Mots, des maux, des morts ? L’île des Étrangers ? Les îles Glamour ? L’île d’Éros ? Ou bien ?
Une fois l’équipage constitué, vous embarquerez les passagers et vogue la galère !
Une narration à la première personne (lettres, journaux intimes, carnet de bord ou de voyage, etc).
Vous avez devant vous 22 jours de navigation (c'est-à-dire jusqu'au 23 avril), 1 000 mots maximum pour conter cette expédition nautique, que vous ponctuerez de 10 termes hurluberlus, avec un suffixe en "–itude".
Bon vent et que l’ironitude soit des nôtres !
Merci de déposer vos liens ici (clic), et seulement ici (clic).
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