J'ai un rapport particulier avec les fleurs : je les aime beaucoup, mais je n'aime pas en recevoir. Recevoir des fleurs signifie : fleur coupée, vase, eau qui se salit, fleurs qui se fanent, fleurs à jeter. Je ne peux supporter cette évolution inéluctable.
Si je veux des fleurs, je vais dans mon jardin et je les admire. Je peux rester plusieurs minutes à observer une fleur et l'admirer. Je la regarde, je détecte les insectes qui se nourrissent de son pollen, je la hume, je l'aime. Puis je recommence auprès d'une autre fleur. Aucune n'a ma préférence, sauf une, le coquelicot. Je crois bien que c'est celle que je préfère : rouge vif, légère, altière, elle se balance au vent, et surtout, surtout, elle ne supporte pas qu'on la coupe de ses racines. Elle n'y survit pas.
Lorsque je reçois des fleurs, rarement, je les dispose dans un vase que je pose à terre. Ainsi elles sont exactement dans la même disposition que dans mon jardin. Je regarde le bouquet dans son ensemble, il ne me vient pas à l'esprit de détailler chaque fleur. Rien n'est naturel. C'est beau, c'est tout. Je ne suis pas émue.
Mon mari aime recevoir des fleurs, et se désespère de ne pouvoir m’en
offrir. Alors c'est moi qui lui offre des fleurs. Et pourquoi pas ? Essayez, Mesdames, demain, allez acheter un bouquet de fleurs pour votre mari et offrez-lui. Et surtout, venez me raconter sa surprise, sa joie, ou son désintérêt. Tout m'intéresse.
J'offre donc des fleurs à mon mari, et cette fois, le vase, l'eau, le vase sur une table, tout cela ne me gêne pas. Je suis même capable de jeter un bouquet fané sans rien ressentir.
Je crois qu’il n’y a rien à y comprendre, c’est comme ça, c’est tout.
Et ainsi, nous sommes tous contents : lui d’avoir des fleurs, moi de ne pas
en avoir, moi de ne pas jeter les miennes puisque je n’en ai pas, et lui de ne
pas les jeter non plus, puisque c’est moi qui m’en occupe !