Des nœuds dans mon fil

vendredi 4 juillet 2014

Un nouveau jour se lève

Ma participation aux Plumes 31 du Blog d'Asphodèle. Il fallait écrire un texte comportant les mots suivants : Séparation, revoir, froid, embrasser, larmes, famille, fête, ripaille, allégresse, bilan, amour, quai, adieu, joie, ami, inquiétude, irréparable, intensément.


Un nouveau jour se lève. Moi aussi je me lève péniblement. Je m’habille machinalement, je bois mon café lentement. Je sors de chez moi en refermant la porte derrière moi, et je marche instinctivement. Je ne pense à rien, ou plutôt, je pense à lui. Lui qui est parti trop tôt, trop vite. Cette séparation sans adieu, sans la certitude de se revoir me brise. Depuis ce jour, j’erre. Je marche, et sans m’en apercevoir, je me dirige vers la gare. Comme tous les jours. Il est tôt, les passants marchent vite, vers le quai, vers le train, vers l’avenir. Eux ont un avenir. Moi pas. Je les suis de mon pas lent, et m’installe sur mon banc, face aux voies. J’ai bien un peu froid, mais je ne m’en soucie pas. Les trains vont et viennent, à une cadence régulière.

Une voyageuse vient s’asseoir à côté de moi, son téléphone à la main. Je tends l’oreille. « Tu dis que tu as rangé ton salon ? Alors explique-moi, ma fille, ces bouteilles, les verres sales ? … Une fête ? Et pour quelle occasion ? ... Pourquoi éprouves-tu le besoin de faire la fête avec des amis, la famille ne te suffit donc pas ? … Comment je suis entrée ? Mais avec la clef que m’a prêtée la propriétaire. Heureusement qu’elle m’a laissée entrer, j’ai pu voir que tu avais fait ripailles, et me voici dans une grande inquiétude… Mais ma chérie, il faut bien que je veille sur toi puisque tu fais des sottises… Oui, même à trente-deux ans… Je viendrai te voir ce soir ».

Je ne supporte pas ces mères poules, ces créatrices de célibataires. Elles me donnent envie de hurler, de leur crier de laisser vivre leur progéniture, qu’elles doivent apprendre à devenir des mères, et abandonner leur rôle de maman. Sans réfléchir, je me jette sur elle pour lui arracher son portable : « Mademoiselle, n’écoutez pas votre mère, elle vous étouffe. Changez votre serrure, faites un bilan des rapports malsains qu’elle tisse avec vous… »

La mère essaye désespérément de récupérer son bien, mais je me lève et marche rapidement le long du quai. « Je ne vous connais pas, mais la vie doit être faite de bonheur, de joie, d’allégresse et d’amour. Cela vous appartient, si vous ne vivez pas aujourd’hui intensément, votre avenir sera irréparable. Embrassez votre vie à pleine main, et surtout…
- Bon, ça suffit, me dit la dame les yeux pleins de larmes, elle m’arrache son portable et s’engouffre dans le train qui vient d’arriver.

Je reste là, les bras ballants, me souvenant de ce que je viens de faire et de dire. Et je repars soudain, la tête haute. Le brouillard s’est levé, mon avenir est devant moi. J’y cours…





12 commentaires:

  1. J'aime beaucoup l'idée autant de que l'écriture.
    Le coup du téléphone, c'est jubilatoire ! Merci pour ce bon moment de lecture.

    RépondreSupprimer
  2. Alors déjà, je suis carrément bouleversée de te découvrir en lien avec Aspho...(qui tient l'un des plus beaux ateliers d'écriture de la blogo).
    Et quel plaisir de te lire dans cette demi-fiction, je sais à quel point ce thème te tient à coeur, et j'y retrouve tout ce que tu sais si bien décrire: les trains et les mères toxiques...entre autres...
    Je suis heureuse de te voir dans ce registre.
    Tu écris vraiment bien...

    RépondreSupprimer
  3. Ce personnage de mère abusive est criant de vérité ! Et la réponse de cette parfaite inconnue qui ose enfin dire ce qui aurait dû être dit depuis longtemps est libérateur.
    Je me demande bien de quoi s'est mêlé la propriétaire... certainement une mère toxique en puissance elle aussi.

    RépondreSupprimer
  4. Ha mais c'est bien vu ! J'en ai connu des mères envahissantes (pas la mienne, enfin...pas à ce point) ! Je trouve que dire à une inconnue ce qu'elle aurait peut-être dû dire à sa propre longtemps avant est excellent ! Bravo, une bien jolie première participation ! :)
    P.S. : et je remercie Galéa pour son compliment, je suis outrageusement flattée aujourd'hui !!! Si elle repasse, elle comprendra ! ;)

    RépondreSupprimer
  5. ah c'est donc toi, des noeuds dans mon fil :-)
    tu commences fort, chez Asphodèle!

    RépondreSupprimer
  6. Quelle audace a ton personnage !
    Bravo ;-)

    RépondreSupprimer
  7. Ah super, oser faire ça que ce serait chouette et aussi le faire comprendre à sa propre mère !!!

    RépondreSupprimer
  8. C'est vrai que l'envie ne manque pas de s'inviter dans les discussions qu'on nous impose ! (dans les trains, justement, il y avait une campagne d'affichage sur le thème : "après votre appel votre voisin en saura aussi long sur vous que votre psy et votre maman")

    il faudrait juste oser prendre le téléphone ; bien joué (et bien écrit !) :)

    RépondreSupprimer
  9. Ouf ! C'est une fiction bien écrite, mais une fiction heureusement ! Belle arrivée sur les chapeaux de roues dans le cercle d'Asphodèle.

    RépondreSupprimer
  10. Merci pour ce moment d'évasion...
    Si seulement c'était aussi simple de dire les choses...

    RépondreSupprimer
  11. Un passage à l'acte libérateur... Bravo !

    RépondreSupprimer
  12. Une tranche de vie originalement dépeinte, j'adore. :D

    RépondreSupprimer

Blogger ne me permet pas d'accéder à vos adresses mail. Si vous souhaitez me contacter en privé, vous pouvez m'envoyer un mail en cliquant sur "Pour me contacter", en haut à droite de la page de mon blog.