Des nœuds dans mon fil

dimanche 9 octobre 2011

Le chien

C’était un beau chien. Un boxer à la robe couleur fauve accroché à un poteau au bord de la Reubarbe. Il tirait comme un fou sur sa laisse et aboyait à perdre haleine la tête dirigée vers l’eau. Tout son corps était tendu vers le courant, on sentait que si on le libérait, il sauterait dans le cours d’eau.

Mais que faisait donc ce chien, au milieu de la ville, accroché à un piquet ? De jeunes étudiants, venus réviser leurs cours dans le soleil de l’été indien finirent par en avoir assez de ce raffut.
- Je n’arrive plus à me concentrer avec tout ce boucan.
- Moi non plus. Où est donc son maître ? Pourquoi laisse-t-il hurler son chien ?
- Il n’y a personne sur les berges. Où peut-il bien être ?
- J’ai cru voir une femme qui attachait la laisse au poteau, j’étais concentré dans mon cours, mais je ne crois pas l’avoir vue repasser devant moi.
- Cela fait bien dix minutes que ce cabot hurle à mort. Si on le libérait ?
- Attends… Une femme passe devant nous, accroche son chien, et disparaît. Cela ne te semble pas curieux ?
- Comment, elle serait tombée à l’eau ?
- Je ne vois que cette solution.

Les deux compères restent un moment en silence. Puis :
- C’était donc ça le bruit que j’ai entendu, je n’y ai pas fait attention, je croyais qu’il s’agissait d’un enfant qui lançait des cailloux dans l’eau.

Les étudiants s’étaient levés et regardaient le courant.
- Qu’allons-nous faire ?
- Téléphoner aux pompiers.
L’un d’eux compose le 18.
- Allô ! Venez vite, nous sommes le long de la Reubarbe, une femme s’est jetée à l’eau pour se suicider après avoir attaché son chien à un poteau. Il hurle à la mort en direction du courant, et essaye de se libérer pour partir chercher sa maîtresse. Nous sommes exactement à hauteur du quai Bollivar.

A son ami en coupant la communication : « ils arrivent ».

Lorsqu’on attend les secours, le temps s’écoule interminablement. Les jeunes gens sont de plus impatients, ils consultent leur montre toutes les dix secondes, estimant que plus de cinq minutes pour le moins se sont écoulés depuis qu’ils l’ont consultée la dernière fois. Leur impatience grandit. Ils scrutent le cours d’eau, croient voir, qui une écharpe, qui une main ou une chevelure dans des remous. L’eau est si boueuse qu’ils ne distinguent rien du tout, mais finissent par reconnaître une branche, quelques algues ou une bouteille jetée négligemment dans le cours d’eau.

Enfin, ils entendent la sirène des pompiers. L’un des jeunes grimpe sur la route pour leur faire signe :

- C’est par là, venez vite. Voici le chien.

Le capitaine les interroge et donne des ordres brefs, immédiatement mis à exécution par son équipe compétente. Voilà les plongeurs déjà prêts. Ils courent sur le rivage, enfilent leurs palmes, ajustent leur masque, placent l’embout dans leur bouche, et déjà ils disparaissent dans l’eau sombre. Pendant ce temps, le canot est mis à l’eau. Le pilote suit ses plongeurs des yeux tout en scrutant les abords. Mais la visibilité est tellement faible qu’ils ne peuvent progresser qu’avec grande lenteur.

Les badauds s’agglutinent sur le trottoir au-dessus de la berge, ils échangent des commentaires « Il paraît qu’un chien a jeté sa maîtresse dans l’eau ! » « Croyez-vous ? J’ai entendu dire qu’un homme a voulu se suicider en se jetant du pont » « Pas du tout, il s’agit d’un enfant qui a fait le pari de traverser la Reubarbe à la nage ».

Le chien continue de hurler, malgré les tentatives des uns et des autres de les calmer. Brutalement, le capitaine prend une décision : « Ce chien nous casse les oreilles et ne nous est d’aucune aide si ce n’est qu’il nous énerve. Vous deux, emmenez-le à la SPA. Les deux pompiers désignés détachent le boxer de son poteau, et tirent sur sa laisse tandis que le chien continue de hurler en direction de l’eau. Mais les deux hommes ont le dessus, ils l’engouffrent dans un véhicule, et démarrent direction du refuge pour les animaux.

Pendant ce temps, les recherches se poursuivent assidument. Des équipes de renfort sont venues compléter celles déjà sur place. Deux nouveaux canots sont mis à l’eau, et chaque équipe part dans une direction différente pour intensifier les recherches.

Entre temps, le SAMU a été prévenu, un véhicule se gare, le médecin descend sur la berge avec son matériel, se poste près de l’eau, prêt à agir dès que le corps sera retrouvé.

Cette tension est insoutenable, mais nos deux étudiants ne peuvent s’en aller. La police est arrivée sur les lieux et les interroge pour tenter de comprendre le drame qui vient de se dérouler. L’anxiété devient palpable, elle grandit avec les secondes qui passent, et chaque minute diminue la chance de retrouver la femme vivante.

De leur côté, les pompiers se garent devant les locaux de la SPA. « Nous vous ramenons un chien abandonné ».
- Mais il a collier, il n’est pas abandonné. S’il a sa médaille, nous pourrons trouver les coordonnées de son propriétaire et le contacter pour qu’il vienne rechercher son boxer. C’est un beau chien, bien entretenu, je doute qu’il puisse être abandonné.
- Pourtant, c’est bien ce qui est arrivé : sa propriétaire l’a attaché à un pilier au bord de la Reubarbe, puis a plongé dans l’eau pour se prendre la vie. Mais si vous pouviez nous donner ses coordonnées, nous pourrions au moins faire prévenir sa famille.
- Suivez-moi.

Le préposé saisit la laisse du chien qui se calme enfin, et pénètre dans le bâtiment. Il regarde attentivement la médaille accrochée au collier, relève les numéros et les introduit dans son ordinateur. Il imprime la fiche qui apparaît sur son écran.
- Voici, vous trouverez l’adresse et même le numéro de téléphone.

Les deux pompiers remercient et repartent, leur papier à la main. Il leur est difficile d’approcher le bord de l’eau, les badauds forment un écran impénétrable. Péniblement, ils arrivent à traverser la foule compacte. Ils s’approchent de leur capitaine, rendent compte de leur mission et lui tendent le papier.

- Essayons de téléphoner chez elle, peut-être a-t-elle de la famille qui répondra.
- Allô, je suis le capitaine des pompiers, et j’ai trouvé un boxer accroché sur la berge de la Reubarbe…
- Ainsi vous avez retrouvé mon chien ? Où donc ? Il m’a faussé compagnie ce matin !

4 commentaires:

  1. Et moi qui était prête à sauter dans l'eau... Et puis j'aurais détaché le chien pour qu'il me guide dans l'eau.... être sûre qu'il y a quelqu'un qui a sombré...... Ah, bon, il s'agit d'une histoire imaginée ... Ah... bon... Et puis, c'est vrai que dans l'eau, les chiens perdent l'odorat...

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  2. J'adore lire tes nouvelles, c'est court et distrayant, agréable! J'espère que cette fois mon com' passera car j'ai qq soucis depuis plusieurs jours! Bises

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  3. Chic alors, c'est passé! C'était vraiment frustrant de ne plus communiquer avec toi! Trop contente, bonne nuit!

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  4. ouf une histoire qui se termine bien...
    un vrai suspens jusqu'à la fin...
    bonne journée
    biz
    val de familyblog

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