Des nœuds dans mon fil

dimanche 3 juillet 2011

La place à table (2ème partie)

Je vous avais bien prévenus, le choix des places à table est un choix difficile, périlleux, dont l’équilibre doit être remis en question à tout moment sous peine de faire exploser la paix familiale. Le système le plus facile est le système démocratique. C’est d’ailleurs un bon moyen pour faire comprendre aux enfants ce qu’est la démocratie : tout le monde donne son avis, mais les parents imposent leur point de vue. Oui, je sais, les plus grands des enfants, déjà fort savants y vont de leur savoir pour nous expliquer avec force arguments et comparaisons qu’il s’agit plutôt d’une tyrannie ou d’un despotisme.  C’est là, que nous parents, ajoutons notre sagesse à leur science : « ça n’a rien à voir. Dans une tyrannie ou un despotisme, le tyran ou le despote décide sans interroger le peuple. Dans une démocratie au contraire, il y a vote, discussion, tout le monde peut donner son avis, mais le chef décide ».

Cette démonstration de politique générale étant posée, on en revient avec force au choix de la place de chacun. Alors, oui, la tyrannie a du bon : les parents décident, mais cela n’empêche pas les discussions, à moins de bâillonner le peuple (les enfants), mais c’est un peu délicat pour manger. Et puis, il faut sans cesse réajuster les affinités.

Après le rangement définitif des chaises hautes, nous avons opté pour le placement libre. Cela laisse libre court aux discussions, et je vous propose différentes versions :

  1ère version :
- C’est moi qui ai mis la table, c’est moi qui décide
- Tu décides pour toi, mais pas pour nous.
- Si, c’est moi qui décide. Lorsque ce sera ton tour de table tu décideras pour les autres.
- Hier, c’était moi de table, et je n’ai pas décidé.
- T’avais qu’à le faire. Tant pis.

Autre version :
-  C’est ma place.
- Oui, mais je suis arrivé le premier
- Non c’est pas vrai
- Si c’est vrai, t’étais pas là quand je suis venu
- Si, puisqu’il y avait ma serviette pour garder la place
- On n’a pas le droit de garder les places.
- Où t’as mis ma serviette ? Maman !!!!

Version suivante :
- Qui a décidé des places ? (parce que les serviettes placées dans les assiettes déterminent les places).
- C’est paman (Note du traducteur : chez nous, les termes de « paman » ou, plus rarement, de « mapa » désignent le couple papa-maman, selon le bon principe que l’éducation se fait à deux et que l’entité papa-maman ayant décidé d’une chose, il sera fortement impossible de les faire changer d’avis, du moins dans l’immédiat et avant tout changement de circonstance)
- Oui, mais moi je ne veux pas être à côté de papa.
- Si, tu as mangé tellement salement hier qu’il veut que tu sois à côté de lui.
- Mais moi je voulais être à côté de papa, et je ne peux pas à cause de toi. Je suis obligé d’être au bout, et il y a la barre, on ne peut pas s’asseoir normalement.

Version suivante :
- Je ne peux pas être assis à droite de quelqu’un parce que je suis gaucher.
- Et alors ?
- Ah non, je ne le veux plus à côté de moi, il est gaucher.
- Et alors ?
- T’as qu’à te mettre à sa gauche, et tu verras comme tu seras embêté par son coude.
- C’est bien ce que je dis : je suis gaucher, je dois être à gauche pour n’embêter personne.
- T’as qu’à apprendre à manger le coude baissé. Même les droitiers peuvent manger avec des gens à leur droite.

Autre version :
- Viens à côté de moi.
- Je ne peux pas, je ne veux pas être à côté de lui.
- Il a qu’à s’asseoir de l’autre côté.
- Non, il veut toujours être à côté de maman.
- Ah oui, c’est le plus petit, il ne peut manger qu’à côté de sa maman.
- C’est le chouchou.
- C’est pas vrai.

Je m’arrêterai là avec les versions. En tant que maman, je vous avouerai qu’il m’arrive de m’asseoir épuisée des trésors de patience et de diplomatie dont j’ai dû user avant de passer à table. Il y a à peu près autant de dialogue que de jours et de famille. L’imagination des enfants est féconde et fertile, même si on sent une certaine forme de répétition au fil des jours.

En réalité, les choses sont bien plus compliquées, parce qu’en plus du choix de la place des enfants, il y a le choix délicat de la place des parents à table.

(Affaire à suivre)

1 commentaire:

  1. MDR! Ce n'est pas triste chez toi... du coup, en comparaison, ca se passe relativement bien ici(chez mois, le pb est que lorsque j'appelle, personne ne vient, et ca m'ÉNERVE!)
    J'avoue que je n,aurai pas autant de patience!

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